vendredi 15 mai 2015

Apologie de la Tradition

Extrait de l'entretien avec Roberto de Mattei au sujet de son livre (Éditions de Chiré, avril 2015)

Lecture et Tradition : Votre ouvrage Vatican II. Une histoire à écrire est paru en Italie en 2010, et en France en 2013. L’ Apologie de la Tradition que vous publiez aujourd’hui aux Éditions de Chiré se propose de prolonger votre réflexion et de répondre à certaines critiques qui vous ont été faites. Pourriez-vous nous donner quelques précisions à propos de ces dernières ? D’où émanent-elles, et que reprochent-elles à votre histoire de Vatican II ?

Roberto de Mattei : Mon livre, comme le dit clairement son titre, est un ouvrage historique et non théologique. Pourtant les critiques que j’ai reçues ne portent pas sur ma reconstitution historique des événements, mais sur l’interprétation que j’en fais. Mgr Agostino Marchetto, par exemple, m’a reproché d’être partisan de l’ « herméneutique de la discontinuité », en opposition avec le magistère de Benoît XVI. Il confond deux niveaux, historique et herméneutique, qu’il faut distinguer avec soin. Le théologien exercera sa réflexion sur les textes, l’historien, sans négliger les textes, réservera surtout son attention à leur genèse, à leurs conséquences, au contexte dans lequel ils se situent. L’historien et le théologien cherchent tous les deux la vérité, qui est la même, mais ils y arrivent par des chemins différents, non opposés. Dans mon ouvrage, j’offre une contribution qui n’est pas celle d’un théologien, mais d’un historien et, en ce domaine, je n’ai pas encore reçu de critiques substantielles. Au contraire, une importante reconnaissance scientifique m’a été remise en Italie : le prix Acqui, du meilleur ouvrage historique paru en 2011.

L. et T. : Vous avez une formation d’historien, et vous êtes en Italie enseignant-chercheur dans cette même discipline. Selon vous, quel rôle l’historien catholique doit-il jouer au sein de l’Église ? De quelle manière peut-il être certain de ne pas outrepasser les limites de son domaine ?

R. de M. : L’historien étudie ce qui est arrivé dans le passé et doit le reconstituer de la façon la plus fidèle et la plus objective possible. Mais l’historien catholique ne peut se limiter à une photographie stérile de la réalité : il doit relier les faits entre eux, en comprendre les causes, en montrer les conséquences. L’historien n’est pas un théologien, mais il a une théologie et une philosophie de l’histoire. Personnellement je m’inspi­re de Dom Guéranger, le grand abbé de Solesmes, qui définit l’historien catholique comme celui qui « juge les faits, les hommes, les institutions, du point de vue de l’Église ; il n’est pas libre de juger autrement, et c’est là ce qui fait sa force ».

vendredi 17 avril 2015

Le Saint Graal ou le vrai Calice de Jésus-Christ

Extrait de l'entretien avec M. l'abbé Bertrand Labouche au sujet de son livre (Éditions de Chiré, mars 2015)

Lecture et Tradition : Vous venez de publier cet ouvrage qui, à nos yeux, est du plus haut intérêt. D’une part, car il concerne une des plus précieuses reliques de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. D’autre part, car, à notre connaissance, jamais une telle étude n’est parue en langue française. Comment se fait-il que dans la somme considérable de livres et de traités d’apologétique et d’histoire de la religion catholique, le Saint Graal ait été ainsi « négligé » ? Comment, vous-même avez été amené à lui consacrer ce traité ?

Abbé Bertrand Labouche : En général, le Saint Graal a été plutôt considéré comme quelque chose de légendaire, d’où son absence dans les livres de doctrine catholique. D’autre part, aucun document historique le concernant n’apparaît avant l’année 1135 ; ce qui pourrait laisser croire que rien n’est certain quant au sort de la Coupe du Jeudi Saint après son utilisation par Notre Seigneur. C’est ce que je pensais également avant d’avoir pris connaissance de la première et remarquable étude scientifique réalisée en 1960 par le professeur Antonio Beltrán au sujet de cette Coupe. Ce qui m’amena à chercher des confirmations historiques, lesquelles sont plus abondantes que l’on ne croit ; par exemple, un ouvrage de référence, les Bollandistes, aux méthodes extrêmement rigoureuses, évoquent dans leurs Acta Sanctorum sa translation de Rome en Espagne par le biais de saint Laurent. J’ai aussi pu constater le grand intérêt que ce thème suscitait lors de conférences données à ce sujet. D’où ma décision de rédiger une petite étude pour faire connaître à plus grande échelle cette authentique et si insigne relique, conservée à Valencia en Espagne.

L. et T. : Votre ouvrage est très didactique et destiné à l’édification intellectuelle et spirituelle des lecteurs, puisque vous l’avez présenté en chapitres courts et clairs qui permettent de parvenir à une connaissance complète de cet insigne Calice. Si vous le voulez bien, nous vous demanderons d’exposer un résumé de chacun d’eux. En premier lieu, quelle définition exacte pouvez-vous donner du Saint Graal ?

Abbé B. L. : Historiquement, c'est la coupe rituelle que Jésus a utilisée le soir du Jeudi Saint pour y consacrer son Précieux Sang.
L. et T. : Comment nous est-elle parvenue ?

Abbé B. L. : Par l’intermédiaire de saint Pierre qui l’a apportée avec lui à Rome, puis de saint Laurent, diacre, qui l’a faite parvenir en Espagne, d’où il était originaire, pour le sauver de la persécution de l’empereur Valérien.

L. et T. : A l’image d’un grand nombre d’autres reliques authentiques de Notre Seigneur, ce précieux calice a connu de multiples péripéties pour parvenir jusqu’à nous. Quel fut son itinéraire ?

Abbé B. L. : Il arriva donc en Espagne, au siège épiscopal de Huesca, qui dut, avec le Calice, changer souvent de lieu en raison des persécutions antichrétiennes, des vols des barbares et de l’invasion musulmane en 711. Il parviendra enfin au monastère de saint Jean de la Peña où des documents indiscutables attesteront de la présence du Saint Calice. Puis Martin l’Humain, roi d’Aragon, le fera parvenir dans son palais. Un de ses successeurs, Alphonse le Magnanime, le remettra en gage à la cathédrale de Valencia suite à la concession de fonds qu’elle lui fera pour subvenir à ses dépenses militaires … dépenses qui n’ont jamais été remboursées, d’où la présence du Calice dans la cathédrale de Valencia. Tel est son itinéraire, mais ici très résumé !

jeudi 12 mars 2015

Cotignac et la mission divine de la France

Extrait de l'entretien avec Élise Humbert au sujet de son livre (Éditions de Chiré, février 2015)


Lecture et Tradition : Les Editions de Chiré viennent de publier votre récent livre consacré à Cotignac et la mission divine de la France. Ce nom de Cotignac, dans la piété populaire, est habituellement lié à un pèlerinage auprès de saint Joseph auquel se rendent les familles afin de demander son intervention pour la conception et la naissance d’un enfant. A vous lire, c’est bien plus que cela, nous allons le voir. Mais, tout d’abord nous aimerions lire votre réponse à la question que vous posez, dès la première page de votre ouvrage, Pourquoi Cotignac ?


Élise Humbert : Tout d’abord, je tiens à remercier les Editions de Chiré, pour avoir accepté de publier ce livre. Effectivement beaucoup de familles se rendent en pèlerinage à Cotignac, en particulier pour implorer saint Joseph afin d’obtenir des enfants. Elles font bien et les petits « Dieudonnés » sont innombrables. Mais il ne faut pas oublier que ce pèlerinage passe par l’intercession de Notre-Dame de Grâces de Cotignac. En effet  il était déjà effectué à cette intention bien avant l’apparition de saint Joseph, le 7 juin 1660. Je développe cet épisode dans une de vos questions suivantes.

Ainsi que vous le soulignez, les événements qui eurent lieu à Cotignac dépassent largement, nous le verrons dans le développement de cet entretien, le cadre de pèlerinages à saint Joseph pour obtenir la conception et la naissance d’un enfant. Alors, Pourquoi Cotignac ? me demandez-vous.

Comme tous les lieux d’apparitions, Cotignac est le fruit d’une élection céleste.

Pour nous instruire de la mission divine de la France, quoi de plus approprié que ce promontoire dominant un chemin jalonné de lieux hautement symboliques et sur lesquels ont essaimé les premiers évêques qui commencèrent l’histoire religieuse de la Provence ? Marseille (saint Lazare), Aix-en-Provence (saint Maximin), Saint-Paul-les-Trois Châteaux (Maximin Sidoine, l’aveugle guéri par le Christ et qui devient saint Restitut)… Quoi de plus apodictique encore que ce petit village à l’écart des grand routes, mais qui reçut la visite de la Reine du Ciel, de son époux, le « Prince de tous les biens », de l’Archange chef de la Milice céleste, de saints liés à l’histoire religieuse de notre pays, et d’une reine et d’un roi de France, entourés de la pompe de la cour ?

Pour nous avertir des maux à venir, pour nous rappeler le prix de la fidélité, quoi de plus digne pour la Reine du Ciel que d’édicter ses décrets sur un mont qui abrite la tombe de martyrs ?

Pour nous donner le gage des grâces divines, quoi de plus idoine que le rejet, à la voix de saint Joseph, d’une pierre écrasante et le jaillissement d’une source nouvelle, dans la terre aride et brûlante du Bessillon ?
Pour nous révéler la grandeur de ce saint glorieux et sa place dans l’histoire de notre pays, quoi de plus prégnant que son intervention à Cotignac, le jour où le roi Louis XIV fait entrer en France  sa jeune épouse, Marie-Thérèse d’Autriche ?

Enfin, pour nous convaincre de quitter la médiocrité et les attraits du monde afin de  nous élever à l’amour de Dieu, quoi de plus engageant que le chemin pierreux et montant qui mène aux sanctuaires ?

lundi 16 février 2015

Le cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale

(Editions de Chiré, 2014)

Entretien avec Jérôme Seguin à l'occasion de la réédition du livre de Dom Besse (extrait)

Lecture et Tradition : En préambule, dites-nous quelques mots sur les raisons de la réédition du livre de dom Besse.


Jérôme Seguin : Elles sont très simples et très élémentaires. Cette année 2015 commémore le bicentenaire de la naissance de Mgr Pie (16 septembre 1815) qui a occupé le siège épiscopal du diocèse de Poitiers pendant 31 ans (de 1849 jusqu’à sa mort, en 1880). Cette réédition est pour nous l’expression de l’hommage que nous devons lui rendre pour saluer les immenses mérites de son épiscopat poitevin. Toutefois, le motif principal qui a guidé cette réédition est de mettre à la disposition des lecteurs une approche  du contenu de l’enseignement dispensé par le cardinal pendant un tiers de siècle. Comme le dit Jacques Jammet dans son propos liminaire : « Avec ce livre, nous avons une bonne introduction aux œuvres du cardinal ».


L. et T. : Mais qu’ont donc de si important ces œuvres que vous semblez considérer comme essentielles ?


J. S. : Votre question nécessite quelques points pour y répondre. Le premier est de rappeler quel est le contenu de la doctrine immuable de l’Eglise catholique, telle qu’elle a été instituée par Notre Seigneur Jésus-Christ à son origine, puis ensuite confirmée, enrichie, commentée et expliquée au cours des siècles, par la succession des souverains pontifes, assistés par les innombrables prélats, historiens, exégètes et théologiens qui l’ont transmise jusqu’à nos jours en lui conservant son contenu fondamental (le dépôt de la foi). Et Mgr Pie est compté au nombre de ces meilleurs mainteneurs.

Pour le deuxième point, nous estimons que ce qu’a enseigné le cardinal Pie doit être connu et rappelé aujourd’hui, en nos temps de confusion et d’incertitudes qui ébranlent sérieusement certains piliers « porteurs » de l’Eglise et suscitent le trouble chez les fidèles.

Enfin, le troisième point tient au fait qu’actuellement, dans le domaine de l’édition et de la librairie, il est difficile de se procurer les admirables textes du cardinal dans une édition de qualité. Un condensé en a été réalisé en 2005 (Editions de Paris) par Jacques Jammet sous le titre Le cardinal Pie de A à Z. Si l’on ne peut lire intégralement les Œuvres complètes, il faut, à tout le moins, parcourir cette riche moisson de textes choisis sur de nombreux sujets. Ces pages sont parmi les meilleures et les plus utiles par lesquelles le cardinal nous parle encore. Tel un père et un docteur de l’Eglise, par sa pensée si haute et sa foi si ferme, il a puissamment éclairé son siècle. Ce phare est tellement brillant qu’il peut illuminer aussi le nôtre. Et, si l’on fait partie des « hommes de bonne volonté », on gagnera beaucoup à lire tout ce livre, et beaucoup plus à le relire encore.


L. et T. : Dès la naissance de notre publication (1966), ses fondateurs, sous la houlette de Jean Auguy, se sont immédiatement présentés comme disciples du cardinal Pie, guide et prélat d’exception, d’autant plus que nous sommes situés dans le diocèse de Poitiers. Quel profit peut-on tirer de la lecture du petit livre de dom Besse ?


J. S. : Un profit inestimable, tant son enseignement est riche, varié et abordant tous les domaines de la vie religieuse, politique et sociale. Pour notre époque contemporaine tellement agitée dans laquelle nous vivons, il suffit de rappeler que le cardinal Pie « fut assez prophète pour démontrer que la rupture, consommée par la révolution française et ses successeurs, entre l’ordre chrétien et les doctrines abstraites, engendreraient immanquablement le laïcisme haineux qui, avec l’athéisme, est l’une des bases de nos sociétés modernes Sa singularité tient en ce qu’il n’affirmait rien qui ne se fondât sur la théologie, c’est-à-dire sur l’Ecriture et les Pères de l’Eglise, dont il tirait toutes les conséquences pour le gouvernement des Etats (…) Son plus fidèle disciple fut le saint pape, Pie X qui fit profiter l’Eglise universelle de son enseignement qui renferme aujourd’hui les terribles constats que nous faisons et, en même temps, les moyens efficaces de relèvement » (1).

jeudi 15 janvier 2015

« L’ennemi intérieur de la IIIe République »

(Editions de Chiré, 2014)
Entretien avec son auteur, Pierre-Denis Boudriot (extrait)

Lecture et Tradition : Des mesures visant à exclure des « Indésirables » de la vie sociale ont été prises par des gouvernements radicaux-socialistes. Vouloir rejeter des individus qui, pour la plupart, ont fui leur pays de naissance et sont venus chercher asile et protection en France n’est-ce pas un choix paradoxal pour des hommes politiques, inspirés par la culture des « Droits de l’Homme » et pour beaucoup, membres de loges maçonniques ?


Pierre-Denis Boudriot : Cette politique de répression et d'enfermement menée contre d'authentiques exilés et réfugiés paraît entrer en effet en contradiction flagrante avec les valeurs républicaines dont se réclamaient les hommes qui la mirent en œuvre.
Mais les gouvernements Daladier, puis Reynaud, sont confrontés, depuis 1938, à une conjoncture internationale toujours plus inquiétante et une situation intérieure dégradée, notamment par l’afflux massif et précipité de réfugiés. Certains ministres eurent conscience de cette contradiction cinglante. Tout particulièrement Albert Sarraut, à l’Intérieur. Tout en recommandant, dans ses circulaires aux préfets, l’application la plus rigoureuse des mesures répressives, il s’évertuait à ménager les principes fondateurs de la République. L’exercice, quoique particulièrement ardu, était remarquablement maîtrisé. 
Il faut aussi s'affranchir du lyrisme du Front populaire, de sa mythologie, de la générosité de ses figures tutélaires dont nos rues, collèges et lycées magnifient à l’envi la mémoire. Les hommes du Front populaire sont souvent des hommes d'autorité, épris d'ordre et d'efficacité, à l’exemple de Marx Dormoy, nommé ministre de l’Intérieur fin novembre 1936 et grand pourfendeur de cagoulards.

Cette classe politique communie dans le culte de la Révolution. La montée des périls extérieurs, puis l’entrée en guerre exacerbent le jacobinisme foncier des radicaux-socialistes et les convainc de la légitimité de leur politique d'exception.


L. et T. : Une question se pose : ces immigrés de fraîche date n’étaient-ils que des rejetés des systèmes politiques qui les excluaient ou certains formaient-ils un ensemble d’individus venus en France pour enrichir leur situation matérielle ?


P.-D. B. : Des flux migratoires aussi importants charriaient immanquablement, mêlés aux réfugiés, nombre d'individus malfaisants et d'aigrefins, toujours habiles à tirer parti de ces exodes et rompus à tous les trafics.

L’entrée de tels éléments sur le sol de France ne pouvait qu' alarmer la population.


L. et T. : Il nous paraît intéressant de relever cette notion de « décret-loi » que vous décrivez dans votre livre. En effet, en raison d’un antiparlementarisme de plus en plus aigu dans la population, les gouvernements successifs d’Édouard Daladier (le « Taureau du Vaucluse ») et de Paul Reynaud se sont passés de plus en plus de l’avis du parlement, jusqu’à déclarer la guerre à l’Allemagne sans l’avis de l’Assemblée. Ne s’agit-il pas là d’une forme de dictature ?


P.-D. B. : Si elle ne culmine pas au niveau du pouvoir absolu, l’autorité du  gouvernement s'apparente néanmoins, dès la fin 1938, à une forme de dictature fondée sur l’axiome : à situation exceptionnelle, pouvoirs exceptionnels.

L’accusation de dictature a été portée notamment par l'extrême gauche et le Parti communiste français contre Edouard Daladier. Mais elle est restée sans véritable écho dans l’opinion française, et n’a pas non plus mobilisé les députés.

mardi 9 décembre 2014

Une nouvelle édition de la Petite histoire de France. Entretien avec Henri Servien (extrait)

Lecture et Tradition : Quand parut, en 1978, la première édition de votre livre, il faut avouer qu’autant vous-même que Jean Auguy, l’éditeur, étiez à peu près certains de votre fait. Mais, publier un album cartonné, abondamment illustré, était une entreprise risquée pour une maison totalement indépendante, non conformisme, peu en cour, voire inconnue des circuits de diffusion et distribution du livre, tandis que la concurrence des « grands éditeurs » mettait sur le marché des ouvrages qui paraissaient équivalents mis en vente à des tarifs moins élevés. Cependant, en quelques années, malgré le peu d’aide et de collaboration des confrères et libraires « amis », ce livre se révéla être un « grand succès ». Êtes-vous en mesure de nous expliquer pourquoi ?
Henri Servien : Rendons à Jean Auguy ce qui lui appartient. Sans un éditeur-diffuseur qui fait la publicité nécessaire, la dose et insiste auprès des clients potentiels, les paresses naturelles reprennent le dessus et les livres passent aux oubliettes. Pour les ouvrages de notre famille de pensée, refusés par les gros circuits de distribution, ce travail de réclame est le BA-Ba. Ensuite joue sans doute un peu le bouche à oreille. S’ajoutent, en ce qui concerne la Petite histoire de France, des opportunités conjoncturelles favorables. L’école connaissait déjà des réformes et les conseillers du ministre de l’Éducation nationale (M. Haby) modifièrent les programmes dans diverses matières. Chez nous, depuis la IIIe République, puis plus intensément après 1945, l’histoire était l’objet de luttes politiques. Il fut décidé de proposer une histoire thématique et sociale dans laquelle les collégiens d’abord, les lycéens ensuite, étudieraient non l’Histoire nationale mais des « thèmes » : l’agriculture du néolithique à nos jours, les échanges… Autre point capital, ces survols s’accompagnaient de l’élimination de l’ « histoire-bataille », des grands hommes avec une chronologie peu logique et fort pauvre. En tant que telle, l’histoire de France était dissoute dans l’ensemble européen voir mondial. Bref les élèves s’y perdaient, et pire, se désintéressaient. Les parents s’inquiétaient. En tant que professeur, je rageais.
Devant le risque que disparaissent les principales étapes et les grandes figures de l’histoire nationale, il nous parut à Jean Auguy et à moi-même, utile de proposer une Histoire de France pour les adolescents (entre 10 et 14 ans). Les anciennes histoires des années 30 ou 40, présentaient des lacunes gênantes. Jean Auguy me demanda d’en écrire une. A l’origine il y avait deux conditions : Nous étions limités en volume et il nous fallait un très bon illustrateur. Je pris contact avec René Follet et j’eus la grande joie d’obtenir son accord pour une illustration vivante, abondante, intégrée au texte. Il fut donc l’artisan de la mise en page. Par la suite, il nous fut possible d’ajouter ce que nous n’avions pu intégrer dans la première édition. Mon objectif fut de m’adresser à des lecteurs entre 10 et 14 ans car j’ai constaté qu’un livre qui vous a plu à ces âges, participe à votre formation. Il faut attirer l’œil (par les illustrations réalistes, par des photographies, des cartes) et apporter des explications simples que les autres lectures et discussions avec les adultes approfondiront par la suite. La démarche n’est pas celle de la bande dessinée à la lecture souvent plus superficielle et qui s’adresse à un public plus vaste.

mercredi 12 novembre 2014

Des livres pour les petits Chouans - Trois questions à trois auteurs

Éditions des Petits Chouans
Entretiens avec Francine Bay, Brigitte Lundi et Mechtilde Savigny


Francine Bay

Lecture et Tradition : Nous vous connaissons depuis une dizaine d’années, lorsque vous aviez publié vos premiers livres, en 2002-2004. Aujourd’hui, vient de paraître le quatorzième de vos titres qui sont tous destinés aux enfants. Pour quelle raison avez-vous choisi de vous adresser ainsi à de jeunes lecteurs ?

Francine Bay : Tout naturellement parce que j’ai toujours été entourée de nombreux enfants : les miens, les petits-enfants maintenant, ceux du catéchisme ou du Chapelet des Enfants que nous organisons chaque année en famille. Ils sont avides d’apprendre, c’est merveilleux de les voir se passionner par ce qu’ils découvrent… et c’est donc très motivant d’écrire pour eux ! Et puis il y a une urgence de transmettre au plus grand nombre d’entre eux tout le trésor de notre foi, de notre histoire chrétienne : ce sont leurs racines, il ne faut pas les leur voler, afin qu’ils puissent tenir bon dans le vent et les tempêtes !
Mais je suis heureuse également quand des parents ou grands-parents me disent qu’eux aussi ont appris des choses en me lisant : l’esprit d’enfance n’a pas d’âge !

Pour Dieu… avec Miguel
L. et T. : La plupart de vos précédents livres racontent la vie de saints connus (sainte Anne, Marie-Madeleine, Belles histoires de saints de France…) ou sont les récits de merveilleuses apparitions (L’Ile Bouchard, Notre-Dame du Laus…). Vous consacrez le dernier paru à un jeune Espagnol presque ignoré. Pourquoi avez-vous jugé nécessaire d’ainsi le « sortir de l’oubli » ?

F. B. : Il est vrai que certains de mes livres relatent souvent des faits bien connus ; mais j’ai beaucoup à cœur aussi d’y ajouter ce que souvent personne, ou presque, ne sait. Mon petit livre sur sainte Anne en est un bon exemple : bien sûr, tout le monde connaît les parents de la Vierge Marie ; mais rares sans doute sont ceux qui comprennent par exemple les magnifiques fresques de Giotto à Padoue, illustrant en détail la vie de sainte Anne et de saint Joachim… Mes jeunes lecteurs, eux, le sauront, et connaîtront aussi la passionnante histoire des reliques de sainte Anne conservées dans l’ancienne cathédrale d’Apt dans le Vaucluse, grand lieu de pèlerinage bien avant Sainte Anne d’Auray. De même, mes livres sur saint Bernard de Menthon (le fondateur des Hospices du Grand et du Petit Saint Bernard), ou sur les miracles eucharistiques, poursuivent le même but : faire connaître aux enfants et aux jeunes quelque chose qui pour eux sera vraiment nouveau… bien que très ancien : quelque chose d’un peu oublié, en somme.
Pour ce dernier livre sur Calanda, il s’agit là d’un miracle vraiment exceptionnel, qui a fait beaucoup de bruit au XVIIe siècle et a déchaîné les passions dans toute l’Europe, à la veille du siècle dit « des Lumières ». Encore maintenant les miracles sont souvent profondément méprisés par l’esprit positiviste. Pourtant, l’enquête concernant celui-ci a été menée avec une extrême rigueur ; c’est un modèle du genre. Après plusieurs siècles d’oubli, j’ai pensé qu’il était urgent de lui faire franchir à nouveau les Pyrénées !