vendredi 17 juillet 2015

Chouan d’honneur 2014 - 44èmes Journées Chouannes

Entretien (extrait) avec Jérôme Seguin à l'occasion de la parution du recueil des conférences et allocutions des Journées Chouannes 2014  (Editions de Chiré, mai 2015).


Avertissement : Afin que, dans leur ensemble, les interventions et conférences prononcées lors des Journées Chouannes 2014 puissent être réunies et conservées pour la postérité, les Éditions de Chiré ont pris la décision d’en réunir les textes dans un volume auquel a été donné le titre de Chouan d’honneur 2014. Quelques semaines avant la tenue, au mois de septembre prochain, des 45èmes Journées Chouannes, il nous a semblé utile et très intéressant de présenter ce recueil dans notre numéro de l’été, afin que nos lecteurs et abonnés (en particulier ceux qui n’avaient pu être présents à cette manifestation culturelle et littéraire) mesurent l’excellent niveau des différents sujets abordés et exposés par les orateurs. Pour ce faire, notre responsable de la rédaction, Jérôme Seguin a bien voulu nous accorder cet entretien et répondre à nos questions.


Lecture et Tradition : C’est de notoriété publique, vous êtes depuis plus de 40 ans, un des membres permanents de ce que l’on appelle « L’équipe de Chiré ». Nous pouvons donc vous considérer comme l’équivalent d’un porte-parole des actuels dirigeants et responsables de DPF. A ce titre, nous aimerions connaître votre avis sur l’intérêt de la publication d’un tel volume.


Jérôme Seguin : Ma réponse va être immédiate et directe : la réunion de ces textes est essentielle car cet ensemble constitue, à mon avis,  sous différentes formes  qui sont naturellement le reflet de ce que sont chacun des orateurs, une synthèse du plus haut intérêt, de ce pour quoi DPF et les Editions de Chiré ne cessent de travailler depuis tant d’années : la nécessité de donner la plus large audience possible au contenu de ce que nous définissons comme la contrerévolution. A ce propos, il me semble opportun de rappeler la phrase du philosophe brésilien Plinio Correa de Oliveira : « Si la Révolution est le désordre, la Contre-Révolution est la restauration de l’ordre. Et par ordre, nous entendons la paix du Christ dans le règne du Christ, c’est-à-dire la civilisation chrétienne, austère et hiérarchique, fondamentalement sacrale, antiégalitaire et antilibérale ».
La contrerévolution n’est ni rétrograde, ni fixée, ni uniquement doctrinale. Elle contient tous les aspects de la société humaine dès lors que cette dernière est construite sur les fondations de l’ordre naturel et surnaturel, dans l’application du plan de Dieu.


L. et T.  : Afin que nos lecteurs aient une approche un peu plus précise du contenu de ce volume, si vous le voulez bien, nous vous proposons d’exposer rapidement le contenu de chacune de ces interventions.


J. S. : Bien sûr et je pense que le mieux est d’avancer peu à peu dans l’ordre où sont publiés ces textes  au fil des pages de l’ouvrage. Je m’efforcerai, en même temps, d’éviter de répéter ce qui figure dans notre n° 41 (septembre 2014) qui contient une présentation générale et rapide des conférences. Les deux journées ont été placées sous deux thèmes généraux : Révolution, Mondialisme, Franc-maçonnerie (le samedi 6) et 100e anniversaire de la guerre de 1914. La guerre en Afrique (dimanche 7).

Pour la première partie est intervenu Jean-Jules van Rooyen (d’origine hollandaise) sur une question essentielle que nos contemporains ont trop tendance à oublier et à négliger : De Moïse à la modernité. Les traverses du pouvoir. Les révolutions et les réseaux secrets depuis 1776. M. van Rooyen a publié récemment un gros volume qui brosse une analyse idéologique et un tableau historique des deux derniers siècles, sous le titre Les traverses du pouvoir, dont il a résumé lui-même le contenu en ces quelques phrases : « Pendant douze ans, j’ai fait des recherches pour découvrir le grand mensonge d’un monde totalitaire, un monde sans Dieu, régi par Lucifer, à travers de nombreux réseaux secrets maçonniques pour programmer la perte de l’Église, des peuples, des nations et la destruction des Etats de droit ». Dans son intervention, il rappelle quelles sont les principales étapes de ce plan diabolique avec ses ramifications, ses agents sournois, ses groupes d’influence plus ou moins secrets d’une implacable efficacité.


L. et T.  : Peut-on considérer que l’intervention suivante, Le mondialisme, corrobore ce qu’a exposé M. van Rooyen ?


J. S.  : Il n’y a aucune équivoque à ce propos. Pierre Hillard, son auteur, docteur en sciences politiques, étudie l’idéologie mondialiste depuis une quinzaine d’années. Il en a tiré matière pour la publication de plusieurs ouvrages, dont le plus récemment paru, en 2014, porte le titre de Chroniques du mondialisme. Il est parvenu à identifier les origines, les acteurs et les objectifs de ce système. La grille d’analyse qu’il a forgée permet de démontrer la progression inéluctable, dans les faits et jour après jour, de l’ensemble des groupes supra nationaux et internationaux.

Dans son intervention, il aurait pu aborder plusieurs  « points sensibles » de l’actualité, l’Ukraine, les événements du Proche-Orient, d’Irak, de Syrie… Il a choisi de traiter un autre fait qui pourrait apparaître comme « anodin », mais qui est symptomatique de ce que subit la planète entière sous l’emprise de la pieuvre mondialiste : « ce qui se passe aux portes de la France, en Ecosse et en Catalogne », puisque ces deux provinces ou régions manifestent un fort désir d’indépendance au sein de la Grande-Bretagne et de l’Espagne. « Nous vivons une époque historique, dit-il. A Barcelone, les Catalans ont les yeux braqués sur Edimbourg. S’il y a indépendance (fausse puisque pilotée par la City et par la franc-maçonnerie), la mise à mort des Etats sera commencée. J’ai montré cela dans mes livres ces dernières années, mais dorénavant, nous faisons face à la pratique ». Ces deux exemples concrets illustrent de manière éclairante comment l’apparente émancipation actuelle des régions est un phénomène délibérément imposé pour le plus grand bien du mondialisme Ainsi, le redécoupage (que l’on peut même qualifier de « charcutage ») des 22 régions françaises (dont on parle tant actuellement, en raison des élections en fin d’année) pour les réduire à 13, est une décision supranationale devant laquelle le gouvernement français n’a pu que s’incliner !

mercredi 10 juin 2015

Les établissements charitables soustraits à l’influence de l’Église



INTRODUCTION


L’Église a toujours subi les assauts des impies et aujourd’hui où elle est violemment attaquée, le prétexte allégué est le vice homosexuel de quelques (relativement) rares membres du clergé. Mais l’institution catholique a résisté à vingt siècles de vicissitude, de calamités et de persécutions, et elle a été capable de se réformer vingt fois. C’est Elle qui permettra de résoudre les inquiétudes d’un monde agité de mille tourments. Il suffit de jeter un regard en arrière pour voir quelles fondations admirables avaient fleuri, et de s’en inspirer pour renouveler la société décadente qui est la nôtre.


RAPPEL HISTORIQUE


C’est par haine du christianisme qu’on a retiré à l’Église les enfants qui lui avaient été confiés, et non pour de mauvaises mœurs. Car cette haine ne se limita pas aux écoles, orphelinats, maternités, mais elle s’étendit aux hôpitaux, patronages, asiles et à toutes ces institutions charitables qui constituaient le trésor des sociétés chrétiennes.


Lorsque la révolution de 1789 confisqua les biens du clergé, elle priva les pauvres et les malheureux des soutiens qui les avaient soulagés pendant des siècles ; ils avaient nom : charités, hospices, maisons-Dieu, hôtels-Dieu, refuges…


Car l’inépuisable charité de l’Église avait pourvu à toutes les misères qui affligent toutes les sociétés et même les plus policées : refuges pour les filles-mères, orphelinats pour les enfants abandonnés, hôpitaux pour les malades incurables, asiles de vieillards…


Ce fut essentiellement l’Église qui prit soin des orphelins : l’ordre hospitalier du Saint-Esprit, fondé par Guy de Montpellier vers 1150, recueillait les enfants abandonnés, les pauvres infirmes et les pèlerins. Il pouvait en recevoir 600 à Montpellier. Un siècle plus tard, on comptait 25 établissements de l’Ordre dans toute la France.


A Paris, l’Hôpital des Enfants trouvés recevait les enfants abandonnés qui auparavant étaient exposés (*) : c’est ainsi que de 1640 à 1789 il a recueilli 390 000 enfants. Mais la pratique de l’exposition a subsisté au porche des églises (ce qui fut le cas de d’Alembert exposé à l’église de Saint-Jean le Rond) et, depuis le Moyen Age, on y plaçait une coquille ou un berceau pour y recevoir l’enfant abandonné.

L’étape majeure pour le soulagement de la souffrance humaine fut marquée par l’intervention de saint Vincent de Paul.


Alors que la révolte protestante par les guerres civiles qu’elle avait suscitées, avait saccagé une grande partie des églises, anéanti de nombreux couvents et renversé les asiles de l’enfance, de la vieillesse et de la maladie, elle avait surtout tari leurs ressources, empêché le recrutement des clercs et dispersé les généreux donateurs des aumônes. Une grande misère en était résultée principalement dans les campagnes. Curé de Châtillon-les-Dombes, en Bresse, Vincent de Paul affronta tout à la fois la pauvreté matérielle et spirituelle. Dès août 1617, il établit la première confrérie des Dames de la Charité qui portait secours aux nécessiteux. En 1620, commencèrent les premières missions dans les campagnes : il s’agissait de ranimer la Foi, source de la charité. Et, le 17 avril 1625, fut fondée la Congrégation de la Mission grâce à la générosité du prince de Gondi. Puis, avec l’aide de Louise de Marillac, il fonda la Compagnie des Filles de la Charité, servantes des pauvres malades.


Les Dames de la Charité furent, avec les Filles de la Charité, les grands auxiliaires des entreprises de saint Vincent de Paul : rassemblant des laïques mariées ou non, ces Dames disposaient d’une partie de leur temps et de subsides assez importants pour secourir l’indigence.


En 1638, saint Vincent de Paul s’intéressa à la Maison de la couche à Paris qui recueillait  les enfants abandonnés. Il fit installer le premier tour d’abandon (*) à Paris qui permettait d’y mettre anonymement un enfant en lieu sûr au lieu de l’exposer sur la voie publique. Avec les Filles de la Charité et les Lazaristes, il multiplia les orphelinats, l’assistance aux indigents et l’apostolat dans les campagnes.


Saint Jean-Baptiste de La Salle, quant à lui, se dévoua à l’enseignement des enfants pauvres : il fonda à cette fin les Frères des Écoles chrétiennes en 1679, et l’instruction des classes les plus pauvres fit de rapides progrès.


Par édit de 1656, Louis XIV a institué l’Hôpital général qui devait remédier aux misères consécutives à la guerre et en particulier aux désordres de la Fronde : mendicité, vagabondage, agressions et insécurité, prostitution ; les hôpitaux généraux devaient être des lieux d’internement qui empêcheraient les « cours des miracles » où des bandes terrorisaient les malheureux. Primitivement, la direction en était assurée par les magistrats du Parlement de Paris, qui en avaient rédigé les statuts et qui étaient tous membres de la Compagnie du Saint-Sacrement. Leur but était l’amendement des vagabonds et des délinquants et la fourniture de travail aux internés valides.


Cependant à la dissolution de la Compagnie du Saint-Sacrement en 1660, les magistrats cooptés devinrent peu à peu tous jansénistes et ils firent tout au long du XVIIIe siècle obstruction à l’action de l’Eglise. De forts soupçons de maltraitance, de trafics d’enfants et d’abus sexuels ont pesé alors sur l’institution ainsi soustraite à la vigilance de l’Église (1).

vendredi 15 mai 2015

Apologie de la Tradition

Extrait de l'entretien avec Roberto de Mattei au sujet de son livre (Éditions de Chiré, avril 2015)

Lecture et Tradition : Votre ouvrage Vatican II. Une histoire à écrire est paru en Italie en 2010, et en France en 2013. L’ Apologie de la Tradition que vous publiez aujourd’hui aux Éditions de Chiré se propose de prolonger votre réflexion et de répondre à certaines critiques qui vous ont été faites. Pourriez-vous nous donner quelques précisions à propos de ces dernières ? D’où émanent-elles, et que reprochent-elles à votre histoire de Vatican II ?

Roberto de Mattei : Mon livre, comme le dit clairement son titre, est un ouvrage historique et non théologique. Pourtant les critiques que j’ai reçues ne portent pas sur ma reconstitution historique des événements, mais sur l’interprétation que j’en fais. Mgr Agostino Marchetto, par exemple, m’a reproché d’être partisan de l’ « herméneutique de la discontinuité », en opposition avec le magistère de Benoît XVI. Il confond deux niveaux, historique et herméneutique, qu’il faut distinguer avec soin. Le théologien exercera sa réflexion sur les textes, l’historien, sans négliger les textes, réservera surtout son attention à leur genèse, à leurs conséquences, au contexte dans lequel ils se situent. L’historien et le théologien cherchent tous les deux la vérité, qui est la même, mais ils y arrivent par des chemins différents, non opposés. Dans mon ouvrage, j’offre une contribution qui n’est pas celle d’un théologien, mais d’un historien et, en ce domaine, je n’ai pas encore reçu de critiques substantielles. Au contraire, une importante reconnaissance scientifique m’a été remise en Italie : le prix Acqui, du meilleur ouvrage historique paru en 2011.

L. et T. : Vous avez une formation d’historien, et vous êtes en Italie enseignant-chercheur dans cette même discipline. Selon vous, quel rôle l’historien catholique doit-il jouer au sein de l’Église ? De quelle manière peut-il être certain de ne pas outrepasser les limites de son domaine ?

R. de M. : L’historien étudie ce qui est arrivé dans le passé et doit le reconstituer de la façon la plus fidèle et la plus objective possible. Mais l’historien catholique ne peut se limiter à une photographie stérile de la réalité : il doit relier les faits entre eux, en comprendre les causes, en montrer les conséquences. L’historien n’est pas un théologien, mais il a une théologie et une philosophie de l’histoire. Personnellement je m’inspi­re de Dom Guéranger, le grand abbé de Solesmes, qui définit l’historien catholique comme celui qui « juge les faits, les hommes, les institutions, du point de vue de l’Église ; il n’est pas libre de juger autrement, et c’est là ce qui fait sa force ».

vendredi 17 avril 2015

Le Saint Graal ou le vrai Calice de Jésus-Christ

Extrait de l'entretien avec M. l'abbé Bertrand Labouche au sujet de son livre (Éditions de Chiré, mars 2015)

Lecture et Tradition : Vous venez de publier cet ouvrage qui, à nos yeux, est du plus haut intérêt. D’une part, car il concerne une des plus précieuses reliques de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. D’autre part, car, à notre connaissance, jamais une telle étude n’est parue en langue française. Comment se fait-il que dans la somme considérable de livres et de traités d’apologétique et d’histoire de la religion catholique, le Saint Graal ait été ainsi « négligé » ? Comment, vous-même avez été amené à lui consacrer ce traité ?

Abbé Bertrand Labouche : En général, le Saint Graal a été plutôt considéré comme quelque chose de légendaire, d’où son absence dans les livres de doctrine catholique. D’autre part, aucun document historique le concernant n’apparaît avant l’année 1135 ; ce qui pourrait laisser croire que rien n’est certain quant au sort de la Coupe du Jeudi Saint après son utilisation par Notre Seigneur. C’est ce que je pensais également avant d’avoir pris connaissance de la première et remarquable étude scientifique réalisée en 1960 par le professeur Antonio Beltrán au sujet de cette Coupe. Ce qui m’amena à chercher des confirmations historiques, lesquelles sont plus abondantes que l’on ne croit ; par exemple, un ouvrage de référence, les Bollandistes, aux méthodes extrêmement rigoureuses, évoquent dans leurs Acta Sanctorum sa translation de Rome en Espagne par le biais de saint Laurent. J’ai aussi pu constater le grand intérêt que ce thème suscitait lors de conférences données à ce sujet. D’où ma décision de rédiger une petite étude pour faire connaître à plus grande échelle cette authentique et si insigne relique, conservée à Valencia en Espagne.

L. et T. : Votre ouvrage est très didactique et destiné à l’édification intellectuelle et spirituelle des lecteurs, puisque vous l’avez présenté en chapitres courts et clairs qui permettent de parvenir à une connaissance complète de cet insigne Calice. Si vous le voulez bien, nous vous demanderons d’exposer un résumé de chacun d’eux. En premier lieu, quelle définition exacte pouvez-vous donner du Saint Graal ?

Abbé B. L. : Historiquement, c'est la coupe rituelle que Jésus a utilisée le soir du Jeudi Saint pour y consacrer son Précieux Sang.
L. et T. : Comment nous est-elle parvenue ?

Abbé B. L. : Par l’intermédiaire de saint Pierre qui l’a apportée avec lui à Rome, puis de saint Laurent, diacre, qui l’a faite parvenir en Espagne, d’où il était originaire, pour le sauver de la persécution de l’empereur Valérien.

L. et T. : A l’image d’un grand nombre d’autres reliques authentiques de Notre Seigneur, ce précieux calice a connu de multiples péripéties pour parvenir jusqu’à nous. Quel fut son itinéraire ?

Abbé B. L. : Il arriva donc en Espagne, au siège épiscopal de Huesca, qui dut, avec le Calice, changer souvent de lieu en raison des persécutions antichrétiennes, des vols des barbares et de l’invasion musulmane en 711. Il parviendra enfin au monastère de saint Jean de la Peña où des documents indiscutables attesteront de la présence du Saint Calice. Puis Martin l’Humain, roi d’Aragon, le fera parvenir dans son palais. Un de ses successeurs, Alphonse le Magnanime, le remettra en gage à la cathédrale de Valencia suite à la concession de fonds qu’elle lui fera pour subvenir à ses dépenses militaires … dépenses qui n’ont jamais été remboursées, d’où la présence du Calice dans la cathédrale de Valencia. Tel est son itinéraire, mais ici très résumé !

jeudi 12 mars 2015

Cotignac et la mission divine de la France

Extrait de l'entretien avec Élise Humbert au sujet de son livre (Éditions de Chiré, février 2015)


Lecture et Tradition : Les Editions de Chiré viennent de publier votre récent livre consacré à Cotignac et la mission divine de la France. Ce nom de Cotignac, dans la piété populaire, est habituellement lié à un pèlerinage auprès de saint Joseph auquel se rendent les familles afin de demander son intervention pour la conception et la naissance d’un enfant. A vous lire, c’est bien plus que cela, nous allons le voir. Mais, tout d’abord nous aimerions lire votre réponse à la question que vous posez, dès la première page de votre ouvrage, Pourquoi Cotignac ?


Élise Humbert : Tout d’abord, je tiens à remercier les Editions de Chiré, pour avoir accepté de publier ce livre. Effectivement beaucoup de familles se rendent en pèlerinage à Cotignac, en particulier pour implorer saint Joseph afin d’obtenir des enfants. Elles font bien et les petits « Dieudonnés » sont innombrables. Mais il ne faut pas oublier que ce pèlerinage passe par l’intercession de Notre-Dame de Grâces de Cotignac. En effet  il était déjà effectué à cette intention bien avant l’apparition de saint Joseph, le 7 juin 1660. Je développe cet épisode dans une de vos questions suivantes.

Ainsi que vous le soulignez, les événements qui eurent lieu à Cotignac dépassent largement, nous le verrons dans le développement de cet entretien, le cadre de pèlerinages à saint Joseph pour obtenir la conception et la naissance d’un enfant. Alors, Pourquoi Cotignac ? me demandez-vous.

Comme tous les lieux d’apparitions, Cotignac est le fruit d’une élection céleste.

Pour nous instruire de la mission divine de la France, quoi de plus approprié que ce promontoire dominant un chemin jalonné de lieux hautement symboliques et sur lesquels ont essaimé les premiers évêques qui commencèrent l’histoire religieuse de la Provence ? Marseille (saint Lazare), Aix-en-Provence (saint Maximin), Saint-Paul-les-Trois Châteaux (Maximin Sidoine, l’aveugle guéri par le Christ et qui devient saint Restitut)… Quoi de plus apodictique encore que ce petit village à l’écart des grand routes, mais qui reçut la visite de la Reine du Ciel, de son époux, le « Prince de tous les biens », de l’Archange chef de la Milice céleste, de saints liés à l’histoire religieuse de notre pays, et d’une reine et d’un roi de France, entourés de la pompe de la cour ?

Pour nous avertir des maux à venir, pour nous rappeler le prix de la fidélité, quoi de plus digne pour la Reine du Ciel que d’édicter ses décrets sur un mont qui abrite la tombe de martyrs ?

Pour nous donner le gage des grâces divines, quoi de plus idoine que le rejet, à la voix de saint Joseph, d’une pierre écrasante et le jaillissement d’une source nouvelle, dans la terre aride et brûlante du Bessillon ?
Pour nous révéler la grandeur de ce saint glorieux et sa place dans l’histoire de notre pays, quoi de plus prégnant que son intervention à Cotignac, le jour où le roi Louis XIV fait entrer en France  sa jeune épouse, Marie-Thérèse d’Autriche ?

Enfin, pour nous convaincre de quitter la médiocrité et les attraits du monde afin de  nous élever à l’amour de Dieu, quoi de plus engageant que le chemin pierreux et montant qui mène aux sanctuaires ?

lundi 16 février 2015

Le cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale

(Editions de Chiré, 2014)

Entretien avec Jérôme Seguin à l'occasion de la réédition du livre de Dom Besse (extrait)

Lecture et Tradition : En préambule, dites-nous quelques mots sur les raisons de la réédition du livre de dom Besse.


Jérôme Seguin : Elles sont très simples et très élémentaires. Cette année 2015 commémore le bicentenaire de la naissance de Mgr Pie (16 septembre 1815) qui a occupé le siège épiscopal du diocèse de Poitiers pendant 31 ans (de 1849 jusqu’à sa mort, en 1880). Cette réédition est pour nous l’expression de l’hommage que nous devons lui rendre pour saluer les immenses mérites de son épiscopat poitevin. Toutefois, le motif principal qui a guidé cette réédition est de mettre à la disposition des lecteurs une approche  du contenu de l’enseignement dispensé par le cardinal pendant un tiers de siècle. Comme le dit Jacques Jammet dans son propos liminaire : « Avec ce livre, nous avons une bonne introduction aux œuvres du cardinal ».


L. et T. : Mais qu’ont donc de si important ces œuvres que vous semblez considérer comme essentielles ?


J. S. : Votre question nécessite quelques points pour y répondre. Le premier est de rappeler quel est le contenu de la doctrine immuable de l’Eglise catholique, telle qu’elle a été instituée par Notre Seigneur Jésus-Christ à son origine, puis ensuite confirmée, enrichie, commentée et expliquée au cours des siècles, par la succession des souverains pontifes, assistés par les innombrables prélats, historiens, exégètes et théologiens qui l’ont transmise jusqu’à nos jours en lui conservant son contenu fondamental (le dépôt de la foi). Et Mgr Pie est compté au nombre de ces meilleurs mainteneurs.

Pour le deuxième point, nous estimons que ce qu’a enseigné le cardinal Pie doit être connu et rappelé aujourd’hui, en nos temps de confusion et d’incertitudes qui ébranlent sérieusement certains piliers « porteurs » de l’Eglise et suscitent le trouble chez les fidèles.

Enfin, le troisième point tient au fait qu’actuellement, dans le domaine de l’édition et de la librairie, il est difficile de se procurer les admirables textes du cardinal dans une édition de qualité. Un condensé en a été réalisé en 2005 (Editions de Paris) par Jacques Jammet sous le titre Le cardinal Pie de A à Z. Si l’on ne peut lire intégralement les Œuvres complètes, il faut, à tout le moins, parcourir cette riche moisson de textes choisis sur de nombreux sujets. Ces pages sont parmi les meilleures et les plus utiles par lesquelles le cardinal nous parle encore. Tel un père et un docteur de l’Eglise, par sa pensée si haute et sa foi si ferme, il a puissamment éclairé son siècle. Ce phare est tellement brillant qu’il peut illuminer aussi le nôtre. Et, si l’on fait partie des « hommes de bonne volonté », on gagnera beaucoup à lire tout ce livre, et beaucoup plus à le relire encore.


L. et T. : Dès la naissance de notre publication (1966), ses fondateurs, sous la houlette de Jean Auguy, se sont immédiatement présentés comme disciples du cardinal Pie, guide et prélat d’exception, d’autant plus que nous sommes situés dans le diocèse de Poitiers. Quel profit peut-on tirer de la lecture du petit livre de dom Besse ?


J. S. : Un profit inestimable, tant son enseignement est riche, varié et abordant tous les domaines de la vie religieuse, politique et sociale. Pour notre époque contemporaine tellement agitée dans laquelle nous vivons, il suffit de rappeler que le cardinal Pie « fut assez prophète pour démontrer que la rupture, consommée par la révolution française et ses successeurs, entre l’ordre chrétien et les doctrines abstraites, engendreraient immanquablement le laïcisme haineux qui, avec l’athéisme, est l’une des bases de nos sociétés modernes Sa singularité tient en ce qu’il n’affirmait rien qui ne se fondât sur la théologie, c’est-à-dire sur l’Ecriture et les Pères de l’Eglise, dont il tirait toutes les conséquences pour le gouvernement des Etats (…) Son plus fidèle disciple fut le saint pape, Pie X qui fit profiter l’Eglise universelle de son enseignement qui renferme aujourd’hui les terribles constats que nous faisons et, en même temps, les moyens efficaces de relèvement » (1).

jeudi 15 janvier 2015

« L’ennemi intérieur de la IIIe République »

(Editions de Chiré, 2014)
Entretien avec son auteur, Pierre-Denis Boudriot (extrait)

Lecture et Tradition : Des mesures visant à exclure des « Indésirables » de la vie sociale ont été prises par des gouvernements radicaux-socialistes. Vouloir rejeter des individus qui, pour la plupart, ont fui leur pays de naissance et sont venus chercher asile et protection en France n’est-ce pas un choix paradoxal pour des hommes politiques, inspirés par la culture des « Droits de l’Homme » et pour beaucoup, membres de loges maçonniques ?


Pierre-Denis Boudriot : Cette politique de répression et d'enfermement menée contre d'authentiques exilés et réfugiés paraît entrer en effet en contradiction flagrante avec les valeurs républicaines dont se réclamaient les hommes qui la mirent en œuvre.
Mais les gouvernements Daladier, puis Reynaud, sont confrontés, depuis 1938, à une conjoncture internationale toujours plus inquiétante et une situation intérieure dégradée, notamment par l’afflux massif et précipité de réfugiés. Certains ministres eurent conscience de cette contradiction cinglante. Tout particulièrement Albert Sarraut, à l’Intérieur. Tout en recommandant, dans ses circulaires aux préfets, l’application la plus rigoureuse des mesures répressives, il s’évertuait à ménager les principes fondateurs de la République. L’exercice, quoique particulièrement ardu, était remarquablement maîtrisé. 
Il faut aussi s'affranchir du lyrisme du Front populaire, de sa mythologie, de la générosité de ses figures tutélaires dont nos rues, collèges et lycées magnifient à l’envi la mémoire. Les hommes du Front populaire sont souvent des hommes d'autorité, épris d'ordre et d'efficacité, à l’exemple de Marx Dormoy, nommé ministre de l’Intérieur fin novembre 1936 et grand pourfendeur de cagoulards.

Cette classe politique communie dans le culte de la Révolution. La montée des périls extérieurs, puis l’entrée en guerre exacerbent le jacobinisme foncier des radicaux-socialistes et les convainc de la légitimité de leur politique d'exception.


L. et T. : Une question se pose : ces immigrés de fraîche date n’étaient-ils que des rejetés des systèmes politiques qui les excluaient ou certains formaient-ils un ensemble d’individus venus en France pour enrichir leur situation matérielle ?


P.-D. B. : Des flux migratoires aussi importants charriaient immanquablement, mêlés aux réfugiés, nombre d'individus malfaisants et d'aigrefins, toujours habiles à tirer parti de ces exodes et rompus à tous les trafics.

L’entrée de tels éléments sur le sol de France ne pouvait qu' alarmer la population.


L. et T. : Il nous paraît intéressant de relever cette notion de « décret-loi » que vous décrivez dans votre livre. En effet, en raison d’un antiparlementarisme de plus en plus aigu dans la population, les gouvernements successifs d’Édouard Daladier (le « Taureau du Vaucluse ») et de Paul Reynaud se sont passés de plus en plus de l’avis du parlement, jusqu’à déclarer la guerre à l’Allemagne sans l’avis de l’Assemblée. Ne s’agit-il pas là d’une forme de dictature ?


P.-D. B. : Si elle ne culmine pas au niveau du pouvoir absolu, l’autorité du  gouvernement s'apparente néanmoins, dès la fin 1938, à une forme de dictature fondée sur l’axiome : à situation exceptionnelle, pouvoirs exceptionnels.

L’accusation de dictature a été portée notamment par l'extrême gauche et le Parti communiste français contre Edouard Daladier. Mais elle est restée sans véritable écho dans l’opinion française, et n’a pas non plus mobilisé les députés.