jeudi 14 janvier 2016

Des livres pour les petits Chouans : trois questions à nos auteurs

Extrait des entretiens avec Mauricette Vial-Andru et Brigitte Lundi

Mauricette Vial-Andru


Lecture et Tradition : Vous venez de faire paraître une biographie de sainte Radegonde dédiée aux enfants. C’est impressionnant de voir que cette figure de l’Église eut une vie si riche en grâces et en péripéties, ainsi qu’une place si importante pour l’histoire de notre pays. Pourtant, elle paraît être complètement tombée dans l’oubli aujourd’hui, même dans les régions où elle vécut. Sauriez-vous l’expliquer ?


Mauricette Vial-Andru : Radegonde est peut-être oubliée à cause d’un préjugé à propos de son prénom, accusé d’une dissonance douloureuse à nos oreilles qui pourtant, en entendent bien d’autres ! Peut-être aussi parce que ce VIe siècle mérovingien nous semble bien lointain, bien éloigné de nos actuelles préoccupations. Pendant des décennies, le souvenir de la reine s’est estompé, et puis, le XIVe centenaire de sa mort, en 1987, a permis de redécouvrir son exceptionnelle personnalité. Et, si l’on cherche un peu, on constate que Radegonde n’est pas si oubliée que cela. En témoignent les quatre mille ex-voto qui entourent la crypte où elle repose (à Poitiers). En témoignent les églises, les chapelles, qui lui sont dédiées. En témoignent les communes et villages de France qui portent son nom.


L. et T. : Elle fut reine, épouse et moniale, en une époque bien ancienne, mais ne pensez-vous pas qu’elle puisse encore incarner un excellent modèle pour les jeunes filles de notre temps ?

M. V.-A. : Oui, Radegonde est un merveilleux modèle pour les jeunes filles d’aujourd’hui. Équilibrée et forte, elle fait entendre la voix de la raison dans des conflits qui s’élèvent dans son entourage. Généreuse, elle est sensible à la condition de tant de malades et de miséreux que connaît son époque et qu’elle secourt et soigne personnellement. Dans notre monde où ne cesse d’augmenter le nombre des pauvres, qui peut mieux entraîner à venir en aide aux plus démunis que cette reine qui accueille sans jamais discriminer personne ? Aimant la paix, elle la sauvegarde de tout son pouvoir. Elle sait pardonner : qui serait mieux placée que cette princesse étrangère devenue reine aimée du peuple qui massacra sa famille, pour enseigner le pardon ? Avec fermeté, elle s’oppose à Clotaire son mari mais elle le respecte. Elle déclare « qu’il est très excellent maître et roi ». Elle se préoccupe du salut de son âme, obtient de lui des actes de charité qui le grandissent. Elle ne revendique jamais et reste déférente : indépendante, très cultivée, elle n’a cependant rien d’une féministe ! (lire la suite dans notre numéro)



Brigitte Lundi


Lecture et Tradition : Voici que le troisième volume de la collection de livres pour enfants « Pour Dieu et le Roi… » des Éditions des Petits Chouans vient de paraître. Après avoir abordé les guerres de Vendée en général, puis le personnage de Cathelineau, vous nous présentez aujourd’hui la figure de Stofflet. Au vu de sa vie et de la place qu’il a eue dans l’histoire, il paraît assez singulier. Pourriez-vous nous en dépeindre ses différences et ses particularités de caractère, par rapport aux autres chefs vendéens ? De plus, il est originaire de Lorraine, n’est-ce pas curieux pour un « chouan » ?

vendredi 18 décembre 2015

La Confrontation Révolution-Contrerévolution

Extrait de l'entretien avec Christian Lagrave à propos de la réédition du livre du colonel Chateau-Jobert (Éditions de Chiré, décembre 2015).

Jérôme Seguin : Nous avons, vous et moi, bien connu le colonel Chateau-Jobert. Dans quelles circonstances l’avez-vous rencontré ?


Christian Lagrave : Ma première rencontre avec le colonel Chateau-Jobert eut lieu en décembre 1965. Il vivait alors dans la clandestinité en Espagne, condamné à mort par contumace en France depuis le mois de juin précédent, mais il restait en contact, par des émissaires et des voyages fréquents à la frontière, avec les réseaux contrerévolutionnaires de France qui avaient été constitués en métropole dès 1958 par le MP 13 de Robert Martel 1 et avaient survécu, tant bien que mal, à la répression gaulliste.

L’un de ces réseaux avait été créé à Poitiers en 1959 par Jacques Meunier, alors étudiant en droit, sous le patronage de François de Saizieu 2. Malgré l’emprisonnement, en 1961-1962, de son responsable et de plusieurs de ses membres, ce réseau avait réussi à subsister et à maintenir ses liaisons avec Martel – jusqu’à l’arrestation de ce dernier en janvier 1963 –, avec François de Saizieu qui, à cette période, vivait lui aussi dans la clandestinité, ainsi qu’avec Chateau-Jobert.

Profitant des vacances de Noël 1965, Jacques Meunier décida de rencontrer une nouvelle fois le colonel qui vivait alors caché chez des amis français près de Barcelone 3. Notre ami Jacques Boisard qui possédait une voiture (étant encore étudiants, nous n’en avions pas) avait accepté de nous emmener. A Barcelone nous fûmes accueillis d’abord par le fidèle garde du corps du colonel, Christian Coré, qui était en cavale lui aussi et, parlant admirablement le castillan, passait pour un Espagnol dans les milieux carlistes de Catalogne qui le connaissaient sous le pseudonyme de Luis.

Après un ou deux jours passés à rencontrer des militants carlistes, Luis nous fit savoir que Chateau-Jobert nous contacterait un matin au pied des marches de la Sagrada Familia, la fameuse basilique de Gaudi qui, à cette époque, n’était pas encore achevée. A l’heure dite, nous vîmes arriver un petit vieux 4 pauvrement vêtu et glabre (il avait naturellement rasé son célèbre collier de barbe) qui serait passé totalement inaperçu s’il n’y avait eu un net contraste entre sa silhouette insignifiante (il était petit et maigre) et son allure qui était celle d’un jeune homme – en fait je crois me souvenir qu’il descendait les escaliers quatre à quatre !

Vu de près ce n’était plus du tout un « petit vieux ». Il avait le regard vif et perçant, la parole précise et convaincante – en fait ce fut cette passion de convaincre son interlocuteur qui me frappa le plus.


J. S. : Vous venez de parler de « réseaux contrerévolutionnaires ». En quoi consistait leur activité ?


C. L. : A ces réseaux Chateau-Jobert avait donné pour consigne « Ni exactions, ni plasticages, ni hold-up » 5. Il suivait en cela la ligne qui avait été celle de Robert Martel, lequel avait toujours condamné les dérives terroristes de ce qu’il appelait « l’OAS révolutionnaire » 6. Préparer le renversement d’un régime félon n’implique pas pour autant que tous les moyens soient permis : « la forme d’action préconisée par la Révolution était absolument incompatible avec celle préconisée par la Contrerévolution » 7. Depuis la perte de l’Algérie, l’action devait « se borner à une information, une reconstitution de réseaux, une formation doctrinale de sympathisants, une structuration » 8. Ajoutez à cela une propagande orale et écrite ; orale par les contacts personnels que nous avions en milieu étudiant, écrite par la diffusion sous le manteau des ouvrages de Chateau-Jobert et des petits bulletins d’informations et de doctrine intitulés « La Contrerévolution » qui étaient le plus souvent rédigés par François de Saizieu et imprimés clandestinement dans la région. Une sorte de « samizdat », même si le terme n’était pas encore connu en Occident.

jeudi 26 novembre 2015

Allons-nous vers la fin de l’espèce humaine ? Entretien avec Jean-Pierre Dickès

Extrait de l'entretien paru avec le docteur Jean-Pierre Dickès au sujet de son dernier livre : La fin de l'espèce humaine (Editions de Chiré, novembre 2015).

Jean-Pierre Dickès est médecin. Il s’est fait connaître notamment en apportant son efficace contribution à la direction de l’ACIM (Association catholique des infirmières et médecins) (1), au sein de laquelle il dirige (depuis l’année 2000) la publication, les Cahiers Saint-Raphaël. Il a, entre autres, publié deux livres importants, L’Homme artificiel (Editions de Paris, 2007), rédigé en collaboration avec sa fille Godeleine Lafargue, docteur ès lettres, puis (en 2012) L’Ultime transgression : refaçonner l’homme (aux Éditions de Chiré ; réimprimé en 2013, dans une édition revue et augmentée). Dans ces deux livres, il mettait en garde contre une technologie qui est probablement en train de détruire l’espèce humaine et tend à créer une intelligence artificielle, « programmée » pour remplacer l’homme lui-même.

Aujourd’hui, il publie un troisième volet pour apporter un complément d’information à cette question qui devient dramatique et « progresse » à une vitesse vertigineuse : La fin de l’espèce humaine, au long duquel il passe en revue ces technologies dévastatrices que l’on peut même qualifier de diaboliques : robotique, bionique, biologie, génétique… Après le très éclairant entretien qu’il nous avait accordé (cf. notre numéro 19,novembre 2012) au moment de la sortie de son précédent ouvrage, nous lui avons demandé de bien vouloir nous présenter le contenu de sa dernière étude.


Lecture et Tradition : Votre « L’Ultime transgression » est parue en 2012. Cela signifie qu’en trois années seulement, vous avez trouvé matière à  apporter de quoi rédiger un nouveau livre de 350 pages (2). C’est impressionnant et, en même temps, très inquiétant. Le danger est-il aussi pressant que cela ?

Jean-Pierre Dickès : En réalité, il est bon de se reporter sur le plan sociologique et idéologique à l’ouvrage publié, il y a sept ans, avec ma fille Godeleine Lafargue, docteur en philosophie. Le titre se suffit à lui-même. C’est « L’Homme Artificiel ». La perspective n’a pas changé. Prenons une comparaison. Nous vivons sur un terreau éminemment pollué. C’est le « mal » au sens biblique du terme dont le Nouvel Ordre Mondial est actuellement l’aspect majeur. Il y pousse une plante vénéneuse dont des branches sont celles de la science ; elle se développe par une sève dont la séduction se nomme « profit » et « ambition ». Les fruits qu’elle fait éclore se parent de toutes les vertus thérapeutiques et nutritionnelles : ils sont supposés guérir tous les maux de l’humanité par la technique.

Un certain nombre des fruits portés par la science sont impropres à la consommation ou empoisonnés et poussent sans cesse. Il suffit de les cueillir régulièrement pour le savoir. Effectivement, ils se développent à une vitesse fulgurante. Il arrive un moment où ces fruits sont mortels. Ma démarche est de mettre en garde l’espèce humaine contre ces fruits corrompus. Cet empoisonnement progresse à une vitesse incroyable dans l’indifférence quasiment totale. La sève de tels arbres a pris dans l’histoire du monde des formes diverses appelées « idéologies » coupant l’homme du réel en le grisant littéralement. Son dernier avatar est le transhumanisme qui entend contrôler la vie de l’infiniment petit à l’infiniment grand et créer un homme nouveau et immortel. Finalement, nous retrouvons la pomme, symbole du mal tentateur proposée à nos premiers parents : « vous serez comme des dieux ».

mardi 13 octobre 2015

1715-2015 : trois siècles d’éclipse du Roi-Soleil (1re partie)

Extrait de l'étude de Jean-Baptiste GEFFROY

Au matin du 1er septembre 1715, à huit heures quinze, Louis XIV rendait son âme à Dieu. A dater de ce jour, naît la légende noire du Roi-Soleil. Elle perdure aujourd’hui en cette année du tricentenaire de sa mort, comme en témoigne cette pauvre formule concoctée par deux tâcherons de la grosse presse gavés des clichés de l’histoire officielle : « Le Roi-Soleil n’a le droit qu’à un convoi funéraire de nuit, car on craint les railleries du peuple qui n’en pouvait plus de ce vieux roi bigot ayant dépouillé la France pour matérialiser ses rêves de grandeur » 1. C’est sur le lit de mort de Louis XIV que s’est construite cette image caricaturale d’un roi guerrier, tyrannique, dépensier, orgueilleux et débauché. Sur son lit d’agonie, l’entourage dévot le poussera à s’accuser de fautes dont certaines étaient sans doute réelles, mais beaucoup imaginaires ou démesurément grossies.

Des trois déclarations « pénitentielles » qu’il prononcera, c’est la troisième, la plus célèbre, celle qu’il adresse à son arrière-petit-fils, le futur Louis XV, qui confesse les « méfaits » d’un règne belliqueux : « Mon cher enfant, vous allez être le plus grand roi du monde […] tout votre bonheur dépendra d’être soumis à Dieu et du soin que vous aurez de soulager vos peuples. Il faut pour cela que vous évitiez autant que vous le pourrez de faire la guerre ; c’est la ruine des peuples. Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ai donné sur cela. J’ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l’ai soutenue par vanité, ne m’imitez pas, mais soyez un prince pacifique et que votre principale occupation soit de soulager vos sujets ». Saint-Simon ajoutera la mention sans doute apocryphe sur la « folie des bâtiments ». La cause est entendue : désormais, on dénoncera la toute-puissance royale, le règne du bon plaisir, l’asservissement de la noblesse, la centralisation du pouvoir, la bureaucratie, les gouffres financiers de Versailles, de Trianon et de Marly, les scandales des maîtresses, les guerres interminables, l’intolérance religieuse, la révocation de l’édit de Nantes, les inégalités, la misère du peuple, les famines et le grand hiver de 1709.

Pourquoi Louis XIV a-t-il donc concentré et concentre-t-il toujours sur lui tant d’animosité ? Pourquoi cet acharnement sur lui et pas sur d’autres : l’Empereur germanique, Guillaume d’Orange, le duc de Savoie ? Pourquoi reprocher à Louis ce qu’ont déjà fait ses prédécesseurs et ses contemporains ? Pourquoi reprocher Versailles à Louis XIV et pas Chambord à François 1er ? Pourquoi reprocher à Louis XIV la guerre de Hollande et absoudre Louis XII des guerres italiennes ? Pourquoi dénoncer la vie dissolue de Louis XIV et faire si bon marché de celle du Vert-Galant ? Ne sont-ce d’ailleurs les mêmes qui après avoir dénoncé ses maîtresses, lui reprochent la « bigoterie » de la deuxième partie de sa vie, le qualifiant tour à tour de Sardanapale et de Tartuffe ? Parce que Louis a incarné plus que tout autre – saint Louis étant à part – la France monarchique et chrétienne ; parce que la condamnation de la royauté passe d’abord par la sienne. Dans le procès de la monarchie française millénaire, Louis XIV est au premier rang des accusés.

mardi 15 septembre 2015

Journées Chouannes 2015 – Allocution de clôture (extrait) du 6 septembre

par François-Xavier d’Hautefeuille


Après vous avoir présenté un rapide bilan de l’année qui s’est écoulée et présenté les projets pour l’année prochaine, j’aborderai quelques points concernant les événements des derniers mois.

BILAN DE L’ANNÉE 2015

La reprise de la librairie Dobrée a été bien longue, cela fait bientôt deux ans que la responsabilité de poursuivre l’existence de cette libraire nantaise (« un petit îlot de résistance » comme disait si bien le colonel Château-Jobert), nous a été confiée. Nous sommes arrivés à stabiliser la baisse de chiffre, et nous espérons que notre nouveau responsable Emmanuel Porcher, qui a relevé le défi depuis le mois de mai, saura vous accueillir et vous conseiller du mieux possible. Je remercie cette région nantaise de continuer à soutenir cet îlot qui lui reste !

Chez nous à Chiré, les premiers emprunts arrivent en fin d’échéance, mais nous allons devoir nous attaquer à un nouveau problème, les toitures. Chiré prend l’eau, et l’eau et les livres cela ne fait pas bon ménage. Régulièrement, lors des fortes pluies, il nous faut sortir les bassines dans le bâtiment principal, et éponger les dégâts. Nous ne pourrons pas laisser durer cette situation, aucun système de gouttière n’a été mis en place, ce qui entraîne des infiltrations d’eau à l’intérieur de l’étage inférieur. Notre difficulté est la suivante : comment financer cela ? L’investissement est de plus de 70 000 euros, Devons-nous, de nouveau, solliciter votre aide ? Il vous faut surtout acheter et offrir des livres, afin que nous puissions sortir la tête de l’eau !

Cette année, des obligations familiales ont rendu indisponibles nos amis qui, depuis plus de 15 ans, tenaient la « sono » et s’occupaient de l’installation électrique de ces deux jours. Pour faire face, nous avons dû nous équiper, ce qui représente un investissement non négligeable, et qui n’était pas prévu (d’ailleurs notre ami expert-comptable n’est pas au courant ! Que va-t-il encore dire ?) Vous êtes là, nous ne pouvions pas vous recevoir autrement, seule la voix de Roger Holeindre pouvait se passer de micro pour se faire entendre ! Aussi merci de votre indulgence et de votre compréhension, en raison des quelques imperfections techniques que vous avez dû subir, du fait que nous étions néophytes en la matière.

vendredi 17 juillet 2015

Chouan d’honneur 2014 - 44èmes Journées Chouannes

Entretien (extrait) avec Jérôme Seguin à l'occasion de la parution du recueil des conférences et allocutions des Journées Chouannes 2014  (Editions de Chiré, mai 2015).


Avertissement : Afin que, dans leur ensemble, les interventions et conférences prononcées lors des Journées Chouannes 2014 puissent être réunies et conservées pour la postérité, les Éditions de Chiré ont pris la décision d’en réunir les textes dans un volume auquel a été donné le titre de Chouan d’honneur 2014. Quelques semaines avant la tenue, au mois de septembre prochain, des 45èmes Journées Chouannes, il nous a semblé utile et très intéressant de présenter ce recueil dans notre numéro de l’été, afin que nos lecteurs et abonnés (en particulier ceux qui n’avaient pu être présents à cette manifestation culturelle et littéraire) mesurent l’excellent niveau des différents sujets abordés et exposés par les orateurs. Pour ce faire, notre responsable de la rédaction, Jérôme Seguin a bien voulu nous accorder cet entretien et répondre à nos questions.


Lecture et Tradition : C’est de notoriété publique, vous êtes depuis plus de 40 ans, un des membres permanents de ce que l’on appelle « L’équipe de Chiré ». Nous pouvons donc vous considérer comme l’équivalent d’un porte-parole des actuels dirigeants et responsables de DPF. A ce titre, nous aimerions connaître votre avis sur l’intérêt de la publication d’un tel volume.


Jérôme Seguin : Ma réponse va être immédiate et directe : la réunion de ces textes est essentielle car cet ensemble constitue, à mon avis,  sous différentes formes  qui sont naturellement le reflet de ce que sont chacun des orateurs, une synthèse du plus haut intérêt, de ce pour quoi DPF et les Editions de Chiré ne cessent de travailler depuis tant d’années : la nécessité de donner la plus large audience possible au contenu de ce que nous définissons comme la contrerévolution. A ce propos, il me semble opportun de rappeler la phrase du philosophe brésilien Plinio Correa de Oliveira : « Si la Révolution est le désordre, la Contre-Révolution est la restauration de l’ordre. Et par ordre, nous entendons la paix du Christ dans le règne du Christ, c’est-à-dire la civilisation chrétienne, austère et hiérarchique, fondamentalement sacrale, antiégalitaire et antilibérale ».
La contrerévolution n’est ni rétrograde, ni fixée, ni uniquement doctrinale. Elle contient tous les aspects de la société humaine dès lors que cette dernière est construite sur les fondations de l’ordre naturel et surnaturel, dans l’application du plan de Dieu.


L. et T.  : Afin que nos lecteurs aient une approche un peu plus précise du contenu de ce volume, si vous le voulez bien, nous vous proposons d’exposer rapidement le contenu de chacune de ces interventions.


J. S. : Bien sûr et je pense que le mieux est d’avancer peu à peu dans l’ordre où sont publiés ces textes  au fil des pages de l’ouvrage. Je m’efforcerai, en même temps, d’éviter de répéter ce qui figure dans notre n° 41 (septembre 2014) qui contient une présentation générale et rapide des conférences. Les deux journées ont été placées sous deux thèmes généraux : Révolution, Mondialisme, Franc-maçonnerie (le samedi 6) et 100e anniversaire de la guerre de 1914. La guerre en Afrique (dimanche 7).

Pour la première partie est intervenu Jean-Jules van Rooyen (d’origine hollandaise) sur une question essentielle que nos contemporains ont trop tendance à oublier et à négliger : De Moïse à la modernité. Les traverses du pouvoir. Les révolutions et les réseaux secrets depuis 1776. M. van Rooyen a publié récemment un gros volume qui brosse une analyse idéologique et un tableau historique des deux derniers siècles, sous le titre Les traverses du pouvoir, dont il a résumé lui-même le contenu en ces quelques phrases : « Pendant douze ans, j’ai fait des recherches pour découvrir le grand mensonge d’un monde totalitaire, un monde sans Dieu, régi par Lucifer, à travers de nombreux réseaux secrets maçonniques pour programmer la perte de l’Église, des peuples, des nations et la destruction des Etats de droit ». Dans son intervention, il rappelle quelles sont les principales étapes de ce plan diabolique avec ses ramifications, ses agents sournois, ses groupes d’influence plus ou moins secrets d’une implacable efficacité.


L. et T.  : Peut-on considérer que l’intervention suivante, Le mondialisme, corrobore ce qu’a exposé M. van Rooyen ?


J. S.  : Il n’y a aucune équivoque à ce propos. Pierre Hillard, son auteur, docteur en sciences politiques, étudie l’idéologie mondialiste depuis une quinzaine d’années. Il en a tiré matière pour la publication de plusieurs ouvrages, dont le plus récemment paru, en 2014, porte le titre de Chroniques du mondialisme. Il est parvenu à identifier les origines, les acteurs et les objectifs de ce système. La grille d’analyse qu’il a forgée permet de démontrer la progression inéluctable, dans les faits et jour après jour, de l’ensemble des groupes supra nationaux et internationaux.

Dans son intervention, il aurait pu aborder plusieurs  « points sensibles » de l’actualité, l’Ukraine, les événements du Proche-Orient, d’Irak, de Syrie… Il a choisi de traiter un autre fait qui pourrait apparaître comme « anodin », mais qui est symptomatique de ce que subit la planète entière sous l’emprise de la pieuvre mondialiste : « ce qui se passe aux portes de la France, en Ecosse et en Catalogne », puisque ces deux provinces ou régions manifestent un fort désir d’indépendance au sein de la Grande-Bretagne et de l’Espagne. « Nous vivons une époque historique, dit-il. A Barcelone, les Catalans ont les yeux braqués sur Edimbourg. S’il y a indépendance (fausse puisque pilotée par la City et par la franc-maçonnerie), la mise à mort des Etats sera commencée. J’ai montré cela dans mes livres ces dernières années, mais dorénavant, nous faisons face à la pratique ». Ces deux exemples concrets illustrent de manière éclairante comment l’apparente émancipation actuelle des régions est un phénomène délibérément imposé pour le plus grand bien du mondialisme Ainsi, le redécoupage (que l’on peut même qualifier de « charcutage ») des 22 régions françaises (dont on parle tant actuellement, en raison des élections en fin d’année) pour les réduire à 13, est une décision supranationale devant laquelle le gouvernement français n’a pu que s’incliner !

mercredi 10 juin 2015

Les établissements charitables soustraits à l’influence de l’Église



INTRODUCTION


L’Église a toujours subi les assauts des impies et aujourd’hui où elle est violemment attaquée, le prétexte allégué est le vice homosexuel de quelques (relativement) rares membres du clergé. Mais l’institution catholique a résisté à vingt siècles de vicissitude, de calamités et de persécutions, et elle a été capable de se réformer vingt fois. C’est Elle qui permettra de résoudre les inquiétudes d’un monde agité de mille tourments. Il suffit de jeter un regard en arrière pour voir quelles fondations admirables avaient fleuri, et de s’en inspirer pour renouveler la société décadente qui est la nôtre.


RAPPEL HISTORIQUE


C’est par haine du christianisme qu’on a retiré à l’Église les enfants qui lui avaient été confiés, et non pour de mauvaises mœurs. Car cette haine ne se limita pas aux écoles, orphelinats, maternités, mais elle s’étendit aux hôpitaux, patronages, asiles et à toutes ces institutions charitables qui constituaient le trésor des sociétés chrétiennes.


Lorsque la révolution de 1789 confisqua les biens du clergé, elle priva les pauvres et les malheureux des soutiens qui les avaient soulagés pendant des siècles ; ils avaient nom : charités, hospices, maisons-Dieu, hôtels-Dieu, refuges…


Car l’inépuisable charité de l’Église avait pourvu à toutes les misères qui affligent toutes les sociétés et même les plus policées : refuges pour les filles-mères, orphelinats pour les enfants abandonnés, hôpitaux pour les malades incurables, asiles de vieillards…


Ce fut essentiellement l’Église qui prit soin des orphelins : l’ordre hospitalier du Saint-Esprit, fondé par Guy de Montpellier vers 1150, recueillait les enfants abandonnés, les pauvres infirmes et les pèlerins. Il pouvait en recevoir 600 à Montpellier. Un siècle plus tard, on comptait 25 établissements de l’Ordre dans toute la France.


A Paris, l’Hôpital des Enfants trouvés recevait les enfants abandonnés qui auparavant étaient exposés (*) : c’est ainsi que de 1640 à 1789 il a recueilli 390 000 enfants. Mais la pratique de l’exposition a subsisté au porche des églises (ce qui fut le cas de d’Alembert exposé à l’église de Saint-Jean le Rond) et, depuis le Moyen Age, on y plaçait une coquille ou un berceau pour y recevoir l’enfant abandonné.

L’étape majeure pour le soulagement de la souffrance humaine fut marquée par l’intervention de saint Vincent de Paul.


Alors que la révolte protestante par les guerres civiles qu’elle avait suscitées, avait saccagé une grande partie des églises, anéanti de nombreux couvents et renversé les asiles de l’enfance, de la vieillesse et de la maladie, elle avait surtout tari leurs ressources, empêché le recrutement des clercs et dispersé les généreux donateurs des aumônes. Une grande misère en était résultée principalement dans les campagnes. Curé de Châtillon-les-Dombes, en Bresse, Vincent de Paul affronta tout à la fois la pauvreté matérielle et spirituelle. Dès août 1617, il établit la première confrérie des Dames de la Charité qui portait secours aux nécessiteux. En 1620, commencèrent les premières missions dans les campagnes : il s’agissait de ranimer la Foi, source de la charité. Et, le 17 avril 1625, fut fondée la Congrégation de la Mission grâce à la générosité du prince de Gondi. Puis, avec l’aide de Louise de Marillac, il fonda la Compagnie des Filles de la Charité, servantes des pauvres malades.


Les Dames de la Charité furent, avec les Filles de la Charité, les grands auxiliaires des entreprises de saint Vincent de Paul : rassemblant des laïques mariées ou non, ces Dames disposaient d’une partie de leur temps et de subsides assez importants pour secourir l’indigence.


En 1638, saint Vincent de Paul s’intéressa à la Maison de la couche à Paris qui recueillait  les enfants abandonnés. Il fit installer le premier tour d’abandon (*) à Paris qui permettait d’y mettre anonymement un enfant en lieu sûr au lieu de l’exposer sur la voie publique. Avec les Filles de la Charité et les Lazaristes, il multiplia les orphelinats, l’assistance aux indigents et l’apostolat dans les campagnes.


Saint Jean-Baptiste de La Salle, quant à lui, se dévoua à l’enseignement des enfants pauvres : il fonda à cette fin les Frères des Écoles chrétiennes en 1679, et l’instruction des classes les plus pauvres fit de rapides progrès.


Par édit de 1656, Louis XIV a institué l’Hôpital général qui devait remédier aux misères consécutives à la guerre et en particulier aux désordres de la Fronde : mendicité, vagabondage, agressions et insécurité, prostitution ; les hôpitaux généraux devaient être des lieux d’internement qui empêcheraient les « cours des miracles » où des bandes terrorisaient les malheureux. Primitivement, la direction en était assurée par les magistrats du Parlement de Paris, qui en avaient rédigé les statuts et qui étaient tous membres de la Compagnie du Saint-Sacrement. Leur but était l’amendement des vagabonds et des délinquants et la fourniture de travail aux internés valides.


Cependant à la dissolution de la Compagnie du Saint-Sacrement en 1660, les magistrats cooptés devinrent peu à peu tous jansénistes et ils firent tout au long du XVIIIe siècle obstruction à l’action de l’Eglise. De forts soupçons de maltraitance, de trafics d’enfants et d’abus sexuels ont pesé alors sur l’institution ainsi soustraite à la vigilance de l’Église (1).