mardi 15 mars 2016

Notre Dame du Puy : histoire et fioretti

Extrait de l'entretien avec Élise Humbert à l'occasion de la parution de son livre (Éditions de Chiré, février 2016).

Lecture et Tradition : L’ensemble des fidèles catholiques connaissent, ou, du moins, ont entendu parler du Puy-en-Velay. Mais bien peu ne doivent savoir quelle est l’origine de ce site, devenu par la suite un lieu privilégié de dévotion à la Sainte Vierge. Pouvez-vous nous le rappeler ?



Élise Humbert : Le site du Puy-en-Velay s’inscrit dans la chaîne des volcans d’Auvergne, il fait évoquer la puissante montée des laves qui brisèrent le lithos [couche externe du sol terrestre, NDLR], et projetèrent dans un fracas apocalyptique des masses de rochers qui s’écrasèrent sur un sol incandescent. Vint ensuite la lente érosion de la pente des cratères, dégageant des necks et des dykes (1) qui résistèrent à l’assaut du temps, et composent aujourd’hui un paysage harmonieux, paisible et grandiose, unique au monde (2). Les cheminées de ces anciens volcans dressent les tours d’une forteresse immense, sur lesquelles la piété des saints bâtisseurs a placé, en sentinelles, les veilleurs du « Sanctuaire national de France », consacré par les anges et dédié à la Vierge de l’Annonciation : Saint Michel sur le Mont d’Aiguilhe, Notre-Dame de France sur le Rocher Corneille, Saint-Joseph du Bon Espoir sur le Mont Espaly. La beauté naturelle de la cité altière offre, depuis des siècles, un décor prestigieux aux processions jubilaires.



L. et T. : Dites-nous, en quelques mots, les circonstances dans lesquelles la Vierge a demandé que lui soit édifié ici un sanctuaire.



E. H. : La Sainte Vierge apparaît à deux reprises pour demander que soit édifié un sanctuaire sur le Mont Anis. Elle accomplit un premier miracle, vers l’an 50, ce qui lui permet d’exprimer son désir et de réserver  le lieu à cette fin : elle s’adresse à une malade atteinte de paralysie et l’engage à se faire transporter au faîte du Mont Anis où elle recouvrera la santé. L’infirme, bientôt étendue sur la dalle d’un dolmen, au sommet du mont, est gagnée par un mystérieux sommeil au cours duquel la Vierge, entourée de chœurs angéliques, lui délivre son message. Le lendemain, au cœur de l’été, le sommet du mont Anis resplendit sous un manteau de neige étincelante, et un cerf, « surgi de nulle part », délimite d’une  course puissante le pourtour du futur sanctuaire. Enfin, trois siècles plus tard, par un miracle semblable au précédent, la Vierge demande que soient entrepris les travaux d’érection du sanctuaire et elle prononce ces mots, gage d’espérance pour le pèlerin : « C’est ici que […] j’accorderai aux supplications de la piété le soulagement des malades et la consolation des affligés. J’ai choisi cette montagne entre mille pour donner une audience favorable à ceux qui viendront m’y présenter leurs demandes et leurs requêtes ».



L. et T. : Et ainsi, est-il devenu le deuxième plus ancien (après Chartres) sanctuaire de Gaule dédié au culte marial.



E. H. : Que ce soit celui de la cité des Carnutes, Chartres, ou celui du Mont Anis, le Puy-en-Velay, les deux sanctuaires s’élèvent sur des lieux  consacrés depuis des temps immémoriaux à la Vierge Marie : en effet, les druides qui avaient été instruits des prophéties (3) – en particulier de celle d’Isaïe : « Voici que la Vierge a conçu, et elle enfante un fils, et elle lui donne le nom d’Emmanuel » – les avaient dédiés à la « Virgo paritura », à la Vierge qui va enfanter. Les rites de leur religion se rapportaient à cette dévotion et honoraient la pureté sans tache : au mois de décembre, vêtus de longues robes blanches, ils coupaient le gui du chêne rouvre avec une faucille d’or afin de ne pas en corrompre la sève. Ainsi les deux sites furent-ils, bien avant le christianisme, le berceau d’une dévotion mariale et les sanctuaires s’implantèrent-ils dans une terre qui appartenait déjà à la Vierge Marie et annonçait le « Regnum Galliæ, Regnum Mariæ ».

lundi 15 février 2016

La bataille de Verdun : 300 jours en enfer (février-décembre 1916)

Nous commémorons cette année le centenaire de cette gigantesque ordalie qui mit aux prises les deux meilleures armées de l’époque. Je voudrais à travers ces quelques lignes rendre un hommage appuyé aux combattants des deux camps. Il nous est difficile d’imaginer aujourd’hui – engoncés que nous sommes dans notre petit confort bourgeois – ce que furent la somme des souffrances endurées par les poilus, les prodiges de valeur montrés sur le champ de bataille, l’abnégation magnifique et le sacrifice suprême pour beaucoup. Nous serions bien inspirés, par les temps difficiles que nous vivons et alors que les nuages s’amoncellent au dessus de nos têtes, de retrouver les antiques vertus guerrières de nos ancêtres. Sans prétendre à l’exhaustivité dans le cadre de cet article, je raconterai d’abord sommairement ce que fut cette bataille, puis j’évoquerai quelques mythes et questions encore débattus aujourd’hui par les historiens et pas toujours connus du grand public ; je terminerai par quelques conseils de lecture.


PREMIÈRE PARTIE : LA BATAILLE


Le contexte général

Hiver 1916. Le conflit dure depuis 2 ans. Les espoirs et les illusions d’une guerre courte se sont envolés après l’échec de la guerre de mouvement en 1914. Le front ouest s’est stabilisé sur une ligne qui court en France de la Mer du Nord aux Vosges et les combattants se sont enterrés dans les tranchées, inaugurant la guerre de position. La situation est complètement bloquée, les belligérants sont dans l’impasse.


Le contexte particulier

Les raisons du choix de Verdun pour une offensive allemande d’envergure :

Asphyxiés progressivement par le blocus économique des Alliés et menacés d’une entrée en guerre des États-Unis aux côtés de l’entente, les Allemands savent que le temps joue contre eux et veulent en finir rapidement en frappant un grand coup qui permettrait – sinon de mettre un terme à la guerre – du moins négocier un armistice ou une paix en position de force. Pour cela, ils décident, dans le plus grand secret, de monter une offensive gigantesque dans l’espoir de crever enfin le front et de retrouver une liberté de mouvement qui les mènerait peut-être jusqu’à Paris. C’est le secteur de Verdun qui est finalement choisi et ce, pour plusieurs raisons :


1. Stratégiques : Verdun est un couloir naturel d’invasion depuis l’Antiquité. Position fortifiée et bien défendue (en principe), elle barre les plaines de Champagne à toute invasion. Sa chute ouvrirait la voie vers Paris. De plus, Verdun est isolée au milieu du front allemand dans lequel elle forme un saillant, son ravitaillement par les Français sera difficile car les rares routes d’accès sont sous le feu des canons allemands.

2. Tactiques : les Allemands ont appris fin 1915 que les forts qui protègent la place de Verdun ont été désarmés. C’est le moment d’en profiter.

3. Logistiques : le réseau des voies de communications allemand est bien organisé, celui des Français inexistant.

4. Psychologiques et dynastiques : historiquement, Verdun est la ville où fut signé le fameux traité de 843 qui partageait l’Empire entre les petits-fils de Charlemagne. Les Prussiens y remportèrent des victoires en 1792 et en 1870 et occupèrent la cité. Le Kronprinz en personne, le fils du Kaiser Guillaume II et héritier de la couronne, commandera la 5ème armée allemande. Une victoire renforcera le prestige de la dynastie Hohenzollern et portera un coup terrible au moral des Français.


Préparatifs de la bataille

Ils débutent dès Noël 1915 dans le plus grand secret. Les longues nuits d’hiver et les espaces boisés permettent l’acheminement et l’installation dans la plus grande discrétion de centaines de pièces d’artillerie de tous calibres (environ 1200). Un intense trafic ferroviaire permet d’acheminer à pied d’œuvre hommes et matériel, 10 divisions sont ainsi massées sur un front réduit. En face, les Français n’ont que 3 divisions et 650 canons. Malgré leurs précautions, les Allemands ne peuvent totalement occulter les déplacements d’une troupe si importante et les observateurs et espions français ont vite fait de renseigner l’état-major. De plus, ces informations sont vite corroborées par des déserteurs alsaciens. Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, le commandant en chef des armées françaises – le général Joffre – n’y croit pas. Il faut dire qu’il n’est préoccupé que par sa propre offensive qu’il prépare sur la Somme. Cette erreur d’appréciation, une de plus, va se payer au prix fort…


La bataille de Verdun



1re phase : l’offensive allemande


Le 21 février 1916 à l’aube, l’enfer se déchaîne sur les lignes françaises. 1200 canons écrasent les tranchées sous un déluge de fer et de feu, c’est le fameux « trommelfeuer » allemand. Le bombardement va durer 9 heures et annihiler totalement la première ligne de défense qui disparaît littéralement du paysage. A 16 h, l’infanterie allemande monte à l’assaut, l’arme à la bretelle ! Le terrain est pulvérisé et les soldats ne s’attendent pas à beaucoup d’opposition. Les premières lignes sont rapidement conquises malgré la résistance acharnée et héroïque des chasseurs à pied du lieutenant-colonel Driant au Bois des Caures. La pression allemande se poursuit et le lendemain, les deuxièmes lignes françaises sont atteintes. La situation est alors très inquiétante, les Allemands ne sont plus qu’à 10 km de la ville. Cependant, les renforts affluent rapidement.

Le 24 et le 25 février, sont des jours noirs pour les Français : les deuxièmes lignes et le fort de Douaumont sont conquis par l’ennemi. Mais dans le même temps, le général Pétain prend le commandement de la 2e armée à Verdun et va pouvoir coordonner seul la défense de la place, ce qui est un gage d’efficacité. Organisateur hors pair, meneur d’hommes, vénéré par ses soldats, ce grand chef va sauver la situation. Le 26 février, les Allemands sont partout contenus et leur avance est bloquée.

jeudi 14 janvier 2016

Des livres pour les petits Chouans : trois questions à nos auteurs

Extrait des entretiens avec Mauricette Vial-Andru et Brigitte Lundi

Mauricette Vial-Andru


Lecture et Tradition : Vous venez de faire paraître une biographie de sainte Radegonde dédiée aux enfants. C’est impressionnant de voir que cette figure de l’Église eut une vie si riche en grâces et en péripéties, ainsi qu’une place si importante pour l’histoire de notre pays. Pourtant, elle paraît être complètement tombée dans l’oubli aujourd’hui, même dans les régions où elle vécut. Sauriez-vous l’expliquer ?


Mauricette Vial-Andru : Radegonde est peut-être oubliée à cause d’un préjugé à propos de son prénom, accusé d’une dissonance douloureuse à nos oreilles qui pourtant, en entendent bien d’autres ! Peut-être aussi parce que ce VIe siècle mérovingien nous semble bien lointain, bien éloigné de nos actuelles préoccupations. Pendant des décennies, le souvenir de la reine s’est estompé, et puis, le XIVe centenaire de sa mort, en 1987, a permis de redécouvrir son exceptionnelle personnalité. Et, si l’on cherche un peu, on constate que Radegonde n’est pas si oubliée que cela. En témoignent les quatre mille ex-voto qui entourent la crypte où elle repose (à Poitiers). En témoignent les églises, les chapelles, qui lui sont dédiées. En témoignent les communes et villages de France qui portent son nom.


L. et T. : Elle fut reine, épouse et moniale, en une époque bien ancienne, mais ne pensez-vous pas qu’elle puisse encore incarner un excellent modèle pour les jeunes filles de notre temps ?

M. V.-A. : Oui, Radegonde est un merveilleux modèle pour les jeunes filles d’aujourd’hui. Équilibrée et forte, elle fait entendre la voix de la raison dans des conflits qui s’élèvent dans son entourage. Généreuse, elle est sensible à la condition de tant de malades et de miséreux que connaît son époque et qu’elle secourt et soigne personnellement. Dans notre monde où ne cesse d’augmenter le nombre des pauvres, qui peut mieux entraîner à venir en aide aux plus démunis que cette reine qui accueille sans jamais discriminer personne ? Aimant la paix, elle la sauvegarde de tout son pouvoir. Elle sait pardonner : qui serait mieux placée que cette princesse étrangère devenue reine aimée du peuple qui massacra sa famille, pour enseigner le pardon ? Avec fermeté, elle s’oppose à Clotaire son mari mais elle le respecte. Elle déclare « qu’il est très excellent maître et roi ». Elle se préoccupe du salut de son âme, obtient de lui des actes de charité qui le grandissent. Elle ne revendique jamais et reste déférente : indépendante, très cultivée, elle n’a cependant rien d’une féministe ! (lire la suite dans notre numéro)



Brigitte Lundi


Lecture et Tradition : Voici que le troisième volume de la collection de livres pour enfants « Pour Dieu et le Roi… » des Éditions des Petits Chouans vient de paraître. Après avoir abordé les guerres de Vendée en général, puis le personnage de Cathelineau, vous nous présentez aujourd’hui la figure de Stofflet. Au vu de sa vie et de la place qu’il a eue dans l’histoire, il paraît assez singulier. Pourriez-vous nous en dépeindre ses différences et ses particularités de caractère, par rapport aux autres chefs vendéens ? De plus, il est originaire de Lorraine, n’est-ce pas curieux pour un « chouan » ?

vendredi 18 décembre 2015

La Confrontation Révolution-Contrerévolution

Extrait de l'entretien avec Christian Lagrave à propos de la réédition du livre du colonel Chateau-Jobert (Éditions de Chiré, décembre 2015).

Jérôme Seguin : Nous avons, vous et moi, bien connu le colonel Chateau-Jobert. Dans quelles circonstances l’avez-vous rencontré ?


Christian Lagrave : Ma première rencontre avec le colonel Chateau-Jobert eut lieu en décembre 1965. Il vivait alors dans la clandestinité en Espagne, condamné à mort par contumace en France depuis le mois de juin précédent, mais il restait en contact, par des émissaires et des voyages fréquents à la frontière, avec les réseaux contrerévolutionnaires de France qui avaient été constitués en métropole dès 1958 par le MP 13 de Robert Martel 1 et avaient survécu, tant bien que mal, à la répression gaulliste.

L’un de ces réseaux avait été créé à Poitiers en 1959 par Jacques Meunier, alors étudiant en droit, sous le patronage de François de Saizieu 2. Malgré l’emprisonnement, en 1961-1962, de son responsable et de plusieurs de ses membres, ce réseau avait réussi à subsister et à maintenir ses liaisons avec Martel – jusqu’à l’arrestation de ce dernier en janvier 1963 –, avec François de Saizieu qui, à cette période, vivait lui aussi dans la clandestinité, ainsi qu’avec Chateau-Jobert.

Profitant des vacances de Noël 1965, Jacques Meunier décida de rencontrer une nouvelle fois le colonel qui vivait alors caché chez des amis français près de Barcelone 3. Notre ami Jacques Boisard qui possédait une voiture (étant encore étudiants, nous n’en avions pas) avait accepté de nous emmener. A Barcelone nous fûmes accueillis d’abord par le fidèle garde du corps du colonel, Christian Coré, qui était en cavale lui aussi et, parlant admirablement le castillan, passait pour un Espagnol dans les milieux carlistes de Catalogne qui le connaissaient sous le pseudonyme de Luis.

Après un ou deux jours passés à rencontrer des militants carlistes, Luis nous fit savoir que Chateau-Jobert nous contacterait un matin au pied des marches de la Sagrada Familia, la fameuse basilique de Gaudi qui, à cette époque, n’était pas encore achevée. A l’heure dite, nous vîmes arriver un petit vieux 4 pauvrement vêtu et glabre (il avait naturellement rasé son célèbre collier de barbe) qui serait passé totalement inaperçu s’il n’y avait eu un net contraste entre sa silhouette insignifiante (il était petit et maigre) et son allure qui était celle d’un jeune homme – en fait je crois me souvenir qu’il descendait les escaliers quatre à quatre !

Vu de près ce n’était plus du tout un « petit vieux ». Il avait le regard vif et perçant, la parole précise et convaincante – en fait ce fut cette passion de convaincre son interlocuteur qui me frappa le plus.


J. S. : Vous venez de parler de « réseaux contrerévolutionnaires ». En quoi consistait leur activité ?


C. L. : A ces réseaux Chateau-Jobert avait donné pour consigne « Ni exactions, ni plasticages, ni hold-up » 5. Il suivait en cela la ligne qui avait été celle de Robert Martel, lequel avait toujours condamné les dérives terroristes de ce qu’il appelait « l’OAS révolutionnaire » 6. Préparer le renversement d’un régime félon n’implique pas pour autant que tous les moyens soient permis : « la forme d’action préconisée par la Révolution était absolument incompatible avec celle préconisée par la Contrerévolution » 7. Depuis la perte de l’Algérie, l’action devait « se borner à une information, une reconstitution de réseaux, une formation doctrinale de sympathisants, une structuration » 8. Ajoutez à cela une propagande orale et écrite ; orale par les contacts personnels que nous avions en milieu étudiant, écrite par la diffusion sous le manteau des ouvrages de Chateau-Jobert et des petits bulletins d’informations et de doctrine intitulés « La Contrerévolution » qui étaient le plus souvent rédigés par François de Saizieu et imprimés clandestinement dans la région. Une sorte de « samizdat », même si le terme n’était pas encore connu en Occident.

jeudi 26 novembre 2015

Allons-nous vers la fin de l’espèce humaine ? Entretien avec Jean-Pierre Dickès

Extrait de l'entretien paru avec le docteur Jean-Pierre Dickès au sujet de son dernier livre : La fin de l'espèce humaine (Editions de Chiré, novembre 2015).

Jean-Pierre Dickès est médecin. Il s’est fait connaître notamment en apportant son efficace contribution à la direction de l’ACIM (Association catholique des infirmières et médecins) (1), au sein de laquelle il dirige (depuis l’année 2000) la publication, les Cahiers Saint-Raphaël. Il a, entre autres, publié deux livres importants, L’Homme artificiel (Editions de Paris, 2007), rédigé en collaboration avec sa fille Godeleine Lafargue, docteur ès lettres, puis (en 2012) L’Ultime transgression : refaçonner l’homme (aux Éditions de Chiré ; réimprimé en 2013, dans une édition revue et augmentée). Dans ces deux livres, il mettait en garde contre une technologie qui est probablement en train de détruire l’espèce humaine et tend à créer une intelligence artificielle, « programmée » pour remplacer l’homme lui-même.

Aujourd’hui, il publie un troisième volet pour apporter un complément d’information à cette question qui devient dramatique et « progresse » à une vitesse vertigineuse : La fin de l’espèce humaine, au long duquel il passe en revue ces technologies dévastatrices que l’on peut même qualifier de diaboliques : robotique, bionique, biologie, génétique… Après le très éclairant entretien qu’il nous avait accordé (cf. notre numéro 19,novembre 2012) au moment de la sortie de son précédent ouvrage, nous lui avons demandé de bien vouloir nous présenter le contenu de sa dernière étude.


Lecture et Tradition : Votre « L’Ultime transgression » est parue en 2012. Cela signifie qu’en trois années seulement, vous avez trouvé matière à  apporter de quoi rédiger un nouveau livre de 350 pages (2). C’est impressionnant et, en même temps, très inquiétant. Le danger est-il aussi pressant que cela ?

Jean-Pierre Dickès : En réalité, il est bon de se reporter sur le plan sociologique et idéologique à l’ouvrage publié, il y a sept ans, avec ma fille Godeleine Lafargue, docteur en philosophie. Le titre se suffit à lui-même. C’est « L’Homme Artificiel ». La perspective n’a pas changé. Prenons une comparaison. Nous vivons sur un terreau éminemment pollué. C’est le « mal » au sens biblique du terme dont le Nouvel Ordre Mondial est actuellement l’aspect majeur. Il y pousse une plante vénéneuse dont des branches sont celles de la science ; elle se développe par une sève dont la séduction se nomme « profit » et « ambition ». Les fruits qu’elle fait éclore se parent de toutes les vertus thérapeutiques et nutritionnelles : ils sont supposés guérir tous les maux de l’humanité par la technique.

Un certain nombre des fruits portés par la science sont impropres à la consommation ou empoisonnés et poussent sans cesse. Il suffit de les cueillir régulièrement pour le savoir. Effectivement, ils se développent à une vitesse fulgurante. Il arrive un moment où ces fruits sont mortels. Ma démarche est de mettre en garde l’espèce humaine contre ces fruits corrompus. Cet empoisonnement progresse à une vitesse incroyable dans l’indifférence quasiment totale. La sève de tels arbres a pris dans l’histoire du monde des formes diverses appelées « idéologies » coupant l’homme du réel en le grisant littéralement. Son dernier avatar est le transhumanisme qui entend contrôler la vie de l’infiniment petit à l’infiniment grand et créer un homme nouveau et immortel. Finalement, nous retrouvons la pomme, symbole du mal tentateur proposée à nos premiers parents : « vous serez comme des dieux ».

mardi 13 octobre 2015

1715-2015 : trois siècles d’éclipse du Roi-Soleil (1re partie)

Extrait de l'étude de Jean-Baptiste GEFFROY

Au matin du 1er septembre 1715, à huit heures quinze, Louis XIV rendait son âme à Dieu. A dater de ce jour, naît la légende noire du Roi-Soleil. Elle perdure aujourd’hui en cette année du tricentenaire de sa mort, comme en témoigne cette pauvre formule concoctée par deux tâcherons de la grosse presse gavés des clichés de l’histoire officielle : « Le Roi-Soleil n’a le droit qu’à un convoi funéraire de nuit, car on craint les railleries du peuple qui n’en pouvait plus de ce vieux roi bigot ayant dépouillé la France pour matérialiser ses rêves de grandeur » 1. C’est sur le lit de mort de Louis XIV que s’est construite cette image caricaturale d’un roi guerrier, tyrannique, dépensier, orgueilleux et débauché. Sur son lit d’agonie, l’entourage dévot le poussera à s’accuser de fautes dont certaines étaient sans doute réelles, mais beaucoup imaginaires ou démesurément grossies.

Des trois déclarations « pénitentielles » qu’il prononcera, c’est la troisième, la plus célèbre, celle qu’il adresse à son arrière-petit-fils, le futur Louis XV, qui confesse les « méfaits » d’un règne belliqueux : « Mon cher enfant, vous allez être le plus grand roi du monde […] tout votre bonheur dépendra d’être soumis à Dieu et du soin que vous aurez de soulager vos peuples. Il faut pour cela que vous évitiez autant que vous le pourrez de faire la guerre ; c’est la ruine des peuples. Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ai donné sur cela. J’ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l’ai soutenue par vanité, ne m’imitez pas, mais soyez un prince pacifique et que votre principale occupation soit de soulager vos sujets ». Saint-Simon ajoutera la mention sans doute apocryphe sur la « folie des bâtiments ». La cause est entendue : désormais, on dénoncera la toute-puissance royale, le règne du bon plaisir, l’asservissement de la noblesse, la centralisation du pouvoir, la bureaucratie, les gouffres financiers de Versailles, de Trianon et de Marly, les scandales des maîtresses, les guerres interminables, l’intolérance religieuse, la révocation de l’édit de Nantes, les inégalités, la misère du peuple, les famines et le grand hiver de 1709.

Pourquoi Louis XIV a-t-il donc concentré et concentre-t-il toujours sur lui tant d’animosité ? Pourquoi cet acharnement sur lui et pas sur d’autres : l’Empereur germanique, Guillaume d’Orange, le duc de Savoie ? Pourquoi reprocher à Louis ce qu’ont déjà fait ses prédécesseurs et ses contemporains ? Pourquoi reprocher Versailles à Louis XIV et pas Chambord à François 1er ? Pourquoi reprocher à Louis XIV la guerre de Hollande et absoudre Louis XII des guerres italiennes ? Pourquoi dénoncer la vie dissolue de Louis XIV et faire si bon marché de celle du Vert-Galant ? Ne sont-ce d’ailleurs les mêmes qui après avoir dénoncé ses maîtresses, lui reprochent la « bigoterie » de la deuxième partie de sa vie, le qualifiant tour à tour de Sardanapale et de Tartuffe ? Parce que Louis a incarné plus que tout autre – saint Louis étant à part – la France monarchique et chrétienne ; parce que la condamnation de la royauté passe d’abord par la sienne. Dans le procès de la monarchie française millénaire, Louis XIV est au premier rang des accusés.

mardi 15 septembre 2015

Journées Chouannes 2015 – Allocution de clôture (extrait) du 6 septembre

par François-Xavier d’Hautefeuille


Après vous avoir présenté un rapide bilan de l’année qui s’est écoulée et présenté les projets pour l’année prochaine, j’aborderai quelques points concernant les événements des derniers mois.

BILAN DE L’ANNÉE 2015

La reprise de la librairie Dobrée a été bien longue, cela fait bientôt deux ans que la responsabilité de poursuivre l’existence de cette libraire nantaise (« un petit îlot de résistance » comme disait si bien le colonel Château-Jobert), nous a été confiée. Nous sommes arrivés à stabiliser la baisse de chiffre, et nous espérons que notre nouveau responsable Emmanuel Porcher, qui a relevé le défi depuis le mois de mai, saura vous accueillir et vous conseiller du mieux possible. Je remercie cette région nantaise de continuer à soutenir cet îlot qui lui reste !

Chez nous à Chiré, les premiers emprunts arrivent en fin d’échéance, mais nous allons devoir nous attaquer à un nouveau problème, les toitures. Chiré prend l’eau, et l’eau et les livres cela ne fait pas bon ménage. Régulièrement, lors des fortes pluies, il nous faut sortir les bassines dans le bâtiment principal, et éponger les dégâts. Nous ne pourrons pas laisser durer cette situation, aucun système de gouttière n’a été mis en place, ce qui entraîne des infiltrations d’eau à l’intérieur de l’étage inférieur. Notre difficulté est la suivante : comment financer cela ? L’investissement est de plus de 70 000 euros, Devons-nous, de nouveau, solliciter votre aide ? Il vous faut surtout acheter et offrir des livres, afin que nous puissions sortir la tête de l’eau !

Cette année, des obligations familiales ont rendu indisponibles nos amis qui, depuis plus de 15 ans, tenaient la « sono » et s’occupaient de l’installation électrique de ces deux jours. Pour faire face, nous avons dû nous équiper, ce qui représente un investissement non négligeable, et qui n’était pas prévu (d’ailleurs notre ami expert-comptable n’est pas au courant ! Que va-t-il encore dire ?) Vous êtes là, nous ne pouvions pas vous recevoir autrement, seule la voix de Roger Holeindre pouvait se passer de micro pour se faire entendre ! Aussi merci de votre indulgence et de votre compréhension, en raison des quelques imperfections techniques que vous avez dû subir, du fait que nous étions néophytes en la matière.