Mon journal de sage-femme, de Lisbeth Burger. Entretien (extrait) avec un médecin à l'occasion de la réédition de l'ouvrage.
Lecture et Tradition : (…) A lire ce que vous avez tiré de ce Journal de sage-femme, nous mesurons à quel point l’ambiance générale et les conditions dans lesquelles L. Burger a exercé sa fonction n’étaient pas matériellement très favorables : elle a dû, ainsi, affronter, tout au long des quarante ans de sa carrière, des quantités de difficultés que l’on ne peut imaginer aujourd’hui, tant cela nous semble définitivement remisé dans les oubliettes de l’histoire.
Lecture et Tradition : (…) A lire ce que vous avez tiré de ce Journal de sage-femme, nous mesurons à quel point l’ambiance générale et les conditions dans lesquelles L. Burger a exercé sa fonction n’étaient pas matériellement très favorables : elle a dû, ainsi, affronter, tout au long des quarante ans de sa carrière, des quantités de difficultés que l’on ne peut imaginer aujourd’hui, tant cela nous semble définitivement remisé dans les oubliettes de l’histoire.
Réponse : Le grand avantage du livre est de se présenter comme le témoignage direct et vivant d’une époque, d’un passé, désormais révolu de façon définitive dans de nombreux domaines. Songez que pour se rendre au chevet de ses patientes, elle a effectué l’essentiel de ses déplacements à pied ou à bicyclette, sans se préoccuper des intempéries et difficultés climatiques puisqu’elle savait que là se trouvait son devoir et l’accomplissement de l’engagement qu’elle avait pris en acceptant de se consacrer au service des mères prêtes à donner la naissance à leurs enfants. Il n’était pas question de retarder son intervention sous quelque prétexte que ce soit. Il est un autre phénomène qu’elle décrit comme un progrès très utile, celui qu’elle appelle la « grande victoire » de l’éclairage électrique à domicile qui s’est substitué aux « horribles lampes à pétrole utilisées encore : cela sent mauvais et les petits ont la bizarre habitude de naître de préférence la nuit. Vraiment, quel amusement, cette lumière nouvelle : on tourne un bouton et voilà ! Ma mère redoute là-dessous quelque chose de pas catholique… Pour moi, je me dis : lorsque les hommes font une nouvelle découverte, c’est que le Créateur leur permit de regarder plus avant dans son jeu. Certainement, combien de merveilles encore dans le monde que nous ne savons ni ne comprenons… »
L. et T. : Dans ce contexte, Lisbeth Burger donne pour notre monde contemporain une exceptionnelle leçon, un magnifique exemple de don de soi, de charité, d’amour du prochain dans l’acception intégralement chrétienne de ces notions.
R. : Lisbeth Burger était assurément une catholique convaincue et fidèle à l’enseignement, aux dogmes et aux préceptes de l’Eglise : elle avait été éduquée dans ce sens par sa mère et cette foi « chevillée au corps » transparaît pratiquement dans chacun des chapitres de son ouvrage. Ainsi, dès les premières pages de ses souvenirs, quand elle fait le récit de ce qu’elle appelle « Mon premier cas », elle évoque les appréhensions de sa mère, inquiète de savoir si sa fille sera « à la hauteur » de la tâche qui l’attend. Elle lui répond : « Maman, j’ai appris, sois sans crainte. M. le curé m’a dit, quand je partirai ainsi pour un accouchement, d’appeler à mon aide tous les saints anges : le mien, celui de la maman, celui de l’enfant, qui est près de lui dès l’instant de la conception : il y a là une âme, il y a donc aussi un ange gardien ».
L. et T. : Vous avez relevé d’autres exemples de cette très confiante foi en Dieu qu’elle exprimait sans cesse ? A-t-elle pu, ainsi, la transmettre autour d’elle ?
R. : Le récit déborde de tels exemples. Il n’est pas dans notre propos de tous les citer, bien entendu, mais il en est certains qu’il faut absolument mentionner. Ainsi, cette comparaison avec la Sainte Vierge : « Tout ce que souffre ordinairement une mère pour son enfant, la Vierge Marie ne l’endura pas à la naissance de Jésus, mais elle fut d’autant plus torturée dans ses derniers instants… Oui, et pour finir c’est le matin de Pâques. La naissance d’un enfant, c’est toujours, me semble-t-il, une joie pascale. La souffrance disparue, une nouvelle vie est apparue, l’amour est vainqueur. Cette victoire, à l’amour maternel de s’en réjouir ».
Après la naissance de jumeaux, dans des conditions un peu difficiles, le père, rassuré sur l’état de santé de sa femme et de ses enfants, quitte le domicile pour se rendre tout de suite à l’église afin de remercier Dieu.