samedi 15 février 2014

Pour saluer Monseigneur Ghika (1873-1954)

Conclusion spirituelle (extrait) des Journées Chouannes 2013, par le père Lecareux (Fraternité de la Transgfiguration).


Je crois que le plus grand danger que nous traversons dans notre foi, c’est celui du désespoir : tout semble s’effondrer, alors on se traîne comme on peut, c’est la politique du dernier bastion, alors que tout s’écroule autour de nous. C’est oublier que Dieu est dans l’aujourd’hui de notre vie, car Dieu est vivant et agissant ! Pour illustrer ce que j’avance, je voudrais parler de la béatification qui a eu lieu en Roumanie, à Bucarest, hier. La béatification d’un grand monsieur, avec tout le respect qu’on lui doit, et qui s’appelle le prince Vladimir Ghika, celui dont s’inspire notre communauté. Un monsieur qui n’est pas connu en France et qui est pourtant un personnage mondial, par sa doctrine et surtout par l’exemple qu’il nous donne.

Je vais vous en parler rapidement, puis nous en tirerons les conclusions pratiques pour vivre avec lui l’aujourd’hui de Dieu, car nous devons nous souvenir et nous persuader que Dieu est à l’œuvre dans son Eglise : « Je ne vous laisserai pas orphelins ». Il nous donne son Esprit et son Esprit travaille dans l’Eglise. C’est facile de tout critiquer ; c’est plus difficile de repérer l’œuvre de Dieu qui s’accomplit.

Cette belle figure a été béatifiée sous le vocable de prêtre martyr, martyr du communisme athée. Il se présente comme témoin de la foi : celui qui sera fidèle jusqu’au bout, jusqu’à la mort dans la prison de Jilava, prison qui faisait frémir tous ceux qui y entraient, car c’était l’angoisse, les tortures, la mort à petit feu. Le prince Ghika sera régulièrement victime du supplice de la pendaison, infligée à la malheureuse victime sans aller jusqu’au bout, afin de pouvoir recommencer. Sadisme complet. Il a vécu durant 3 ans dans les geôles de Jilava, dans une prison de 6 mètres sur 5 avec une vingtaine de personnes, parfois beaucoup plus. Vivant comme il pouvait, mais témoignant toujours de sa foi au Christ présent dans l’Eucharistie. L’auditoire à qui il s’adressait et qui le vénérait déjà comme un saint, nous a laissé quelques témoignages : chaque fois qu’il parlait de Dieu ou de la Messe, son visage se transformait. Il rayonnait Jésus-Christ. Voilà ce que l’on a dit de lui, cela ne m’étonne pas : lorsque l’on voit les gens qui font le mal, qui vivent dans le mal, cela se voit. Demandez à un enfant, en regardant ces visages ravagés par le vice. L’enfant a un recul, il a peur. Et nous voudrions que le travail de Dieu dans une âme n’apparaisse pas ? Quelle foi avons-nous ? Alors cet homme de Dieu va passer à travers différentes étapes qu’il est bon de rappeler.

Il vient au monde, descendant des derniers princes moldaves, dans la ville de Constantinople (où son père est ambassadeur de Roumanie). Elevé dans l’orthodoxie, il va être formé par sa maman, une princesse très pieuse, dans la foi au Dieu de majesté et, comme il est doué à peu près dans tous les domaines, on va l’envoyer étudier en France à Toulouse, dans une famille protestante pour éviter la contagion catholique qu’on redoute pour lui dans notre pays.

Quelques ouvrages qui sont sortis récemment, mais qui ne me donnent pas satisfaction, le montrent un peu comme un œcuméniste à tout crin, mais c’est faux. Il découvre le protestantisme, à travers ses mauvais côtés : les controverses dans l’interprétation personnelle de la Bible. C’est en allant à Rome en 1902 qu’il va embrasser officiellement la foi catholique, alors que de cœur il est converti depuis longtemps déjà.

C’est un homme accompli : il a déjà accompli de brillantes études en beaucoup de domaines (histoire, droit, littérature, et même chimie et médecine qui n’auront pas de secrets pour lui), et bientôt il va acquérir à Rome la licence en philosophie et le doctorat de théologie. C’est qu’à Rome, il va découvrir la notion d’Eglise : « Unam sanctam » ! Il découvre ce que c’est que Rome, centre de la chrétienté. Il va en vivre et déjà il se sent missionnaire dans l’âme, il désire être prêtre mais, par diplomatie, on lui demande d’attendre car son frère, qui est dans le monde, n’est pas encore marié. On lui a posé cette question : « Pourquoi vous êtes-vous converti au catholicisme ? » Il répond par un jeu de mots, une boutade qui est bien plus profonde que nous ne pouvons l’imaginer : « Je me suis fait catholique pour devenir plus orthodoxe ». Il joue sur le mot grec (orthodoxe = « qui professe la droite doctrine »), car là il est dans la Vérité totale, plénière ; ce n’est pas du tout pour vivre en plénitude son orthodoxie, il sait qu’il va trouver la Vérité en plénitude dans l’Eglise catholique.

jeudi 30 janvier 2014

Le Roman de Saint Louis, par Philippe de Villiers

Il y eut le Sire de Joinville et plus près de nous Régine Pernoud, Jean Richard, ou encore Jacques Le Goff, la liste n’étant pas exhaustive. Il y aura désormais Philippe de Villiers. Le « vicomte du Puy du Fou » dont nous connaissions déjà les talents littéraires, nous régale avec son nouveau roman consacré cette fois au plus grand de nos rois et le seul saint, Louis IX, dit Saint Louis. Mais peut-on encore ajouter quelque chose de neuf à la biographie d’un si considérable personnage au sujet duquel tout a été dit ou presque ?

L’exercice peut sembler bien difficile et notre auteur reprend une formule qui lui a si bien réussi avec son précédent ouvrage, le Roman de Charette (1). En effet, l’ouvrage est écrit à la première personne, et en faisant parler le grand roi, l’écrivain nous fait pénétrer dans son intimité, et restitue toute la saveur de la langue de l’époque, avec des tournures de phrases exquises et un vocabulaire directement issu du Moyen Âge qui pourra parfois surprendre les lecteurs les moins au fait du parler médiéval et nécessiter l’usage d’un dictionnaire. Pour autant, ne boudons pas notre plaisir, car le livre dont le style est limpide et lyrique – Philippe de Villiers est aussi un poète et un conteur – se lit d’une traite et n’a de roman que le nom.

Pour ce faire, il n’a rien inventé, a consulté d’innombrables sources y compris des chroniques arabes de l’époque pour faire revivre au plus juste et au plus près son héros. Il s’agit donc bien d’un véritable essai historique, mais sans la sécheresse que peut présenter une étude  universitaire, d’où le beau titre de « roman », ce qui n’empêche pas Monsieur de Villiers de se livrer à quelques facéties et autres clins d’œil adressés, au détour d’une page, à ses chers Puyfolais (p. 163). Sans déflorer le sujet, qu’il nous soit permis pour l’édification du lecteur de tracer à grands traits les principaux éléments constituant le roman et la vie du roi.

lundi 30 décembre 2013

In memoriam Louis Jugnet (1913-1973)

Par Marcel De Corte (L’Ordre Français, n° 174, septembre-octobre 1973)

Avec Louis Jugnet disparaît un des plus nobles représentants de la pensée contre-révolutionnaire en notre absurde XXe siècle. Si la noblesse signifie la grandeur des qualités morales, la hauteur d'âme, l'élévation du caractère, la dignité du comportement et de l'expression, la valeur humaine, l'amplitude, la justesse et le sérieux du jugement, Louis Jugnet possédait cette qualité à son plus haut degré. La formule de Valéry Larbaud monte spontanément à la mémoire, lorsqu'on essaie de retracer l'image de notre cher disparu : « Toute noblesse provient du don de soi ».
Louis Jugnet s'est donné tout entier, quant à sa vie publique, aux deux sociétés dont il était membre, la première par vocation, la seconde par baptême et par la foi. Avec une libéralité non pareille, il s'est consacré entièrement à la défense et à l'illustration de l'enseignement de la philosophie et de l'Eglise catholique, sans la moindre réticence, avec .une ferveur dont on trouve peu d'exemples. Les générations d'étudiants qu'il a formés au Lycée Fermat et à l'Institut d'Etudes politiques de Toulouse sont là pour en porter témoignage. Ceux qui ont eu la bonne fortune d'avoir été ses élèves en hypokhâgne et en khâgne diront mieux que moi ce dont ils lui sont redevables. L'un d'entre eux m'a répété à son propos ce que Bainville disait de Maurras: « Je lui dois tout, sauf la vie de la chair ».
A cette œuvre double et indivisible, il a sacrifié son existence et je peux affirmer qu'il en est mort. Lorsque Louis Jugnet n'a plus trouvé devant lui, sauf exceptions, que des étudiants dont l'infantilisme contestataire est incapable de digérer la solide nourriture intellectuelle qu'il leur dispensait, lorsqu'il a contemplé avec une sorte de terreur l'effondrement de l'Eglise catholique, les folies de ses plus éminents représentants, le pourrissement du surnaturel dans les âmes de ceux-là mêmes qui ont la charge de Ie répandre, il a perdu ses raisons de vivre : ne trouvant plus à qui donner de soi-même, il n'avait plus qu'à se donner à Dieu, contra spem in spem. Au-delà du désespoir qui le submergeait, il s'est endormi entre les bras de Celui qui est l'Espérance et l'Amour.
Il n'est pas un seul instant douteux pour moi que Louis Jugnet est mort martyr de l'auto-démolition de l'enseignement et de la foi théologale. Plus précisément encore – nous pourrions citer des noms – il est mort martyr des démolisseurs du bien commun naturel et du bien commun surnaturel, dans l'échancrure du rempart où il aura lutté jusquson dernier souffle. Exactement comme à l'époque des invasions barbares, ce défenseur de la Cité et de l'Eglise en leurs plus hautes tours est tombé victime de ceux-là dont on ne peut plus même dire aujourd'hui qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. Les assassins de l'intelligence, les assassins de la foi savent ce qu'ils font. Ils le proclament haut et clair. Et leurs misérables protecteurs courbent servilement l'échine devant leur aggiornamento.
Peu d'hommes ont incarné autant que Louis Jugnet la vertu de force. Cette force, il la puisait dans sa foi surnaturelle et dans la métaphysique naturelle de l'intelligence dont Aristote et saint Thomas sont les hérauts. Ses connaissances théologiques profondes étaient greffées sur la foi la plus pure : celle de l'enfant qui place sa confiance entièrement en son Père. Sa philosophie est celle d'un accueil confiant que fait l'intelligence de l'homme au réel, lorsqu'elle l'interroge sur ce qu'il y a de plus intime et de plus essentiel en lui.
Corrélativement à cette réceptivité de l'intelligence au réel, à ce qui ne ment pas (seul l'homme peut mentir, les choses ne mentent point), il y a chez Louis Jugnet, inséparable de son adhésion à l'être, le rejet de l'apparence, de ce qui est rêve, illusion, utopie, discours sans signifi­cation, bref de ce qui n'a d'être qu'en tant que construit artificiellement et artificieusement par l'homme à l'intérieur de son esprit ou en tant qu'exprimé par lui dans des mots, sans correspondance avec la réalité. C'est pourquoi Louis Jugnet a poursuivi inlassablement l'idéalisme qui, plus que le matérialisme dont il est la face, est la tare majeure de l'intelligence, son refus mortel de se soumettre à la réalité, sa volonté insensée d'être la mesure de toutes choses au lieu d'être mesurée par elles. Il a passé sa vie à dénoncer ces princes des Nuées philosophiques dont on peut dire qu'ils ont conduit la France et, par elle, la planète, depuis deux siècles, de désastre en désastre.

vendredi 6 décembre 2013

Barruel le maudit


Extrait de la conférence de Jean-Baptiste Geffroy (Journées Chouannes 2013)


Pour Barruel, la Révolution n’est pas un événement résultant de circonstances fortuites ou de causes socio-économiques. Elle n’est pas davantage née d’un mouvement populaire et spontané. Pour Barruel, la cause de la Révolution est naturelle ; elle est l’œuvre d’hommes parfaitement cons­cients et conséquents qui, par la pensée et l’action coordonnées, ont œuvré en un complot, une conjuration conduite au sein des diverses couches de la société contre l’ordre spirituel et politique chrétien. Bien plus, ce complot ne se limite pas au seul espace du royaume de France ; ce complot est européen, il est international. Il se conçoit et s’accomplit presque simultanément en Autriche, en Allemagne, en Espagne, au Portugal, en France bien sûr, et même à Rome.

Cette fameuse théorie du complot est toutefois contestée, à la fois par les tenants de l’historiographie jacobine (Aulard, Soboul, Mathiez, Vovelle) – c’est compréhensible – par l’historiographie consensuelle (l’histoire molle d’Henri-Irénée Marrou ou d’André Latreille), c’est consternant, mais aussi, d’une manière paradoxale, par certains historiens contrerévolutionnaires comme Augustin Cochin, c’est plus surprenant. Pour Barruel, la Révolution est née de la propagation d’idées, d’un courant intellectuel dont les princi­pes, les concepts alimenteront le processus révolutionnaire. La Révolution, c’est la philosophie répandue, organisée et appliquée. Dans les Mémoires, Barruel l’affirme : « Nous avons vu des hommes s’aveugler sur les grandes causes de la révolution française. Nous en avons connu cherchant à persuader que toute secte révolutionnaire et conspirante avant cette révolution n’était qu’une secte chimérique. Pour ceux-là, tous les maux de la France et toutes les terreurs de l’Europe se succèdent, s’enchaînent par le simple concours de circonstances imprévues, impossibles à prévoir… Appuyés sur les faits, et munis de preuves… nous tiendrons un langage bien différent. Nous dirons… : dans cette révolution française, tout, jusque dans ses forfaits les plus épouvantables, tout a été prévu, médité, combiné, résolu…tout a été l’effet de la plus profonde scélératesse. »

jeudi 7 novembre 2013

Nécessité d'une politique chrétienne

Entretien avec M. l'abbé Guillaume Devillers (extrait)

Lecture et Tradition : Tout le monde est-il d’accord avec vous sur le fait que la politique doive s’étudier à la lumière de la foi ?
 
Abbé Guillaume Devillers : En fait, non. On lit assez souvent sous la plume de bons auteurs des raisonnements du genre : « La philosophie et la politique sont des sciences rationnelles. Donc l’Eglise n’a pas à s’en mêler, sauf dans certains cas, dans les questions religieuses ». Autant dire : « L’homme est une créature qui a sa nature et ses lois propres, donc Dieu n’a rien à y faire ! » Tout le monde ne va pas jusqu’à cette conséquence extrême du naturalisme, mais beaucoup cherchent pourtant à évincer en quelque manière Dieu et l’Eglise de la vie publique. C’est une erreur car rien ni personne ne peut se passer de Dieu. La politique ne peut se passer de la lumière de la révélation, ni l’Etat de l’Eglise. Car il n’y a qu’un seul Sauveur et un seul restaurateur de la nature déchue : Jésus-Christ.
 
L. et T. : En disant cela, n’avez-vous pas tendance à confondre la nature et la surnature, l’Eglise et l’Etat ? Ne conviendrait-il pas de faire quel­ques distinctions comme celles que fait le numéro de juin 2013 du Courrier de Rome ? (1).
 
Abbé G. D. : Je ne confonds pas : nature et surnature sont distinctes, de même que l’Eglise et l’Etat qui ont chacun une fin prochaine particulière. Mais ces réalités distinctes sont inséparables et Dieu a fait toutes choses en vue d’une fin ultime qui est de fait surnaturelle. La politique doit s’ordonner aussi à cette fin. L’article que vous mentionnez distingue entre l’action du politicien et l’objet de la politique, ce qui est juste, mais il en tire une conclusion qui me paraît très discutable. Selon l’auteur, l’action politique du chrétien devrait toujours être surnaturelle, car nous sommes tenus de tout faire pour la gloire de Dieu et autant que possible par motif de charité. Mais l’objet de cette action, la politique en elle-même ne serait souvent de soi que purement naturel. L’intention du politicien (finis operantis) devrait être surnaturelle, mais la fin de la politique (finis operis) ne le serait pas ou pas toujours. Je pense qu’il y a là une erreur. Si l’intention de celui qui agit doit être surnaturelle, c’est que son action doit l’être également.

mardi 8 octobre 2013

L'analyse du communisme par Jean Madiran (1920-2013)

Entretien avec Danièle Masson (extrait)

Lecture et Tradition : Même si nous insistons auprès de nos lecteurs pour qu’ils prennent connaissance de votre ouvrage, il nous semble intéressant de revenir succinctement sur la période des quarante-cinq années que vous y avez étudiées (1945 à 1989), en particulier pour que vous nous disiez quels arguments vous ont convaincue dans la lecture d’Itinéraires, vous incitant à rejoindre les rangs de ce que vous partagez et défendez, désor­mais, avec enthousiasme et conviction depuis cette époque.

Danièle Masson : Quand, lors de mon année d’hypokhâgne, en 1961-1962, un professeur (de l’enseignement public !) m’abonna à Itinéraires, ce ne sont pas seulement des arguments qui m’ont convaincue. J’entrais dans un autre univers, avec des figures dont j’ignorais auparavant jusqu’aux noms : De Corte, Molnar, Salleron, Henri Charlier. Moi qui, lycéenne de gau­che, ne manquais aucune « manifestation pour la paix en Al­gérie », je lus dans Itinéraires « Le sang d’Alger », dernier article de Joseph Hours. Ces textes et ces auteurs emportaient non seulement la conviction, ils éclairaient plus qu’ils ne brillaient, et j’en reçus comme une évidence.

mardi 16 juillet 2013

Entretien avec Joëlle d'Abbadie (extrait)

L. et T. : Complété par un quatrième volume (Histoire Sainte) que vous n’avez pas illustré (à l’exception de la couverture), l’ensemble de la Miche de Pain constitue un outil pédagogique de tout premier ordre, indispensable pour tous les parents soucieux de transmettre les vérités de la foi à leurs enfants. On peut ainsi dire que vous avez mis votre labeur, exceptionnelle accumulation de sacrifices et de superbe inspiration artistique, au service de la plus grande gloire de Dieu et de son règne sur la terre. A ce propos, il vient de paraître aux Editions de Chiré, un petit livre sous le titre « Bonne Maman » : Marie Tribou et la Miche de Pain, qui contient un certain nombre de « Souvenirs recueillis par ses enfants pour ses petits-enfants ». Vous avez certainement dû l’apprécier, vous permettant ainsi de mieux connaître l’auteur de la « merveilleuse » Miche de Pain ?
 
J. d’A. : Eh bien justement, je renvoie les lecteurs à ce petit livre de souvenirs de sa famille, intitulé Bonne Maman. L'abbé François Tribou – le fils de Marie Tribou – me l'avait donné lors de notre première prise de contact à Venasque. J'ai beaucoup aimé ce récit, et j'ai été émerveillée par la foi, la persévérance, le courage de Marie Tribou, sa fidélité à la mission dont elle avait été investie. Elle ne s'est jamais laissée décourager par des circonstances souvent terriblement ingrates. C'est très ingrat, souvent, de faire le catéchisme ! Pour tant d'enfants spontanément réceptifs aux choses de Dieu, il y en a tant qui s'ennuient, s'en moquent, que cela ne touche pas... C'est très mystérieux, cette disposition d'esprit, chez les tout petits enfants... On vérifie cela dans toutes les familles. Dans une même famille, vous racontez la même histoire, pourquoi ceux-ci sont-ils touchés, et ceux-là restent-ils indifférents ? Oui, c'est très mystérieux.