lundi 13 octobre 2014

Tour d'horizon sur la franc-maçonnerie

Entretien avec Arnaud de Lassus (extrait)
« Personnification permanente de la révolution, (la franc-maçonnerie) constitue une sorte de société retournée dont le but est d’exercer une suzeraineté occulte sur la société reconnue et dont la raison d’être consiste entièrement dans la guerre à faire à Dieu et à son Eglise. »
Léon XIII, Annum ingressi (« Parvenus à la 25e année »)
Lettre apostolique du 19 mars 1902.

Lecture et Tradition : Vous avez accepté de donner une préface pour la 6e édition du livre de Léon de Poncins, La Franc-Maçonnerie d’après ses documents secrets que viennent de publier les Editions de Chiré. En rappelant à nos lecteurs que la première édition de cette étude est parue il y a 80 ans, en 1934, vous estimez donc qu’il vous a semblé utile et peut-être même nécessaire de remettre cet ouvrage à la disposition du public. Pouvez-vous nous en donner les raisons et dire quelques mots pour présenter L. de Poncins, « l’homme et l’œuvre », selon la formule consacrée ? 

Arnaud de Lassus : Les éditeurs, dans l’avant-propos qu’ils ont donné pour la quatrième édition du livre de Léon de Poncins (1972), ont répondu ainsi à cette même question :
Pourquoi cette réédition d’une étude vieille de quarante années ?
Dans le domaine de l’évolution des idées et des civilisations, quarante années sont peu de chose et, malgré une abondante production littéraire, il y a peu de bons livres qui traitent de l’ensemble de cette question, bien peu qui aient survécu à l’épreuve du temps.
Et c’est parce que c’est un très bon livre sur le sujet que « La Franc-Maçonnerie d’après ses documents secrets » a connu six éditions successives.
Voici comment est présenté l’auteur, Léon de Poncins, dans la quatrième édition :
Exploitant agricole, né à Civens (Loire) le 3 novembre 1897. Spécialisé dans l’étude des mouvements révolutionnaires contemporains, et convaincu de l’influence des sociétés secrètes sur les grands bouleversements politiques et sociaux, L. de Poncins a consacré à ce problème plusieurs ouvrages qui eurent un certain retentissement à l’étranger où ils furent traduits dans plusieurs pays. Le premier parut en 1928 sous le titre Les forces secrètes de la Révolution. Vinrent ensuite une quinzaine de livres dont Christianisme et Franc-Maçonnerie (1969) et La Franc-Maçonnerie d’après ses documents secrets (1972) qui vient de faire l’objet d’une récente réédition.

vendredi 19 septembre 2014

Le livre et la lecture

Extrait de l'allocution de clôture des 44èmes Journées chouannes (7 septembre 2014), par François-Xavier d'Hautefeuille.

Vous en êtes – j’en suis certain – tous convaincus : le livre et la lecture sont les supports de la transmission de la connaissance. L’écrit et la lecture sont les miroirs de la civilisation qui se transmet de génération en génération.
La chute inquiétante, non seulement du nombre de lecteurs, mais aussi de la lecture, à savoir que les gros lecteurs d’aujourd’hui lisent moins que les gros lecteurs d’hier, est significatif d’une crise intellectuelle et morale très forte. Est-ce une fin de civilisation qui se prépare ? Comment la génération montante pourrait-elle transmettre le flambeau qu’elle a reçu puisqu’elle ne fait même pas l’effort de prendre connaissance de ce flambeau ?
Aussi, je me suis posé quelques questions et j’ai cherché à y répondre : Pourquoi lire ? Comment lire ? Pourquoi le livre ? Pourquoi la revue ? Et, enfin, pourquoi et comment développer le goût de la lecture ?

Pourquoi lire ?

« Tout homme désire naturellement savoir », nous dit Aristote. Aussi la lecture est-elle naturelle à l’homme puisqu’elle lui permet de savoir. La lecture est nécessaire à la formation de l’esprit de nos enfants, de l’orthographe, la grammaire, la culture générale…
Pourquoi lire ? Mais parque qu’en lisant, on apprend ! La connaissance s’acquiert par la lecture. Le vocabulaire aussi. La formulation aussi.
C’est en lisant de plus en plus que nos capacités à lire s’améliorent. Ceux qui lisent peu devraient faire l’essai de lire régulièrement, car l’habitude facilite les choses.
Je peux lire pour me divertir, pour m’évader, pour réfléchir. Et je crois qu’il ne faut négliger aucun de ces caractères de la lecture… Je ne remercierai d’ailleurs jamais assez mes parents de m’avoir donné ce goût pour la lecture, lu des livres, raconté des histoires.

vendredi 18 juillet 2014

Les pourquoi de la Guerre mondiale

Nous reprenons ici le titre donné par Mgr Delassus à son livre rédigé immédiatement après la fin de la Grande Guerre. Né en 1836, mort en 1921, il fut doyen du chapitre de la cathédrale de Lille, prélat de la maison Sa Sainteté (1904) et protonotaire apostolique (1911). Il collabora à La Semaine religieuse de Cambrai, dont il devint et resta propriétaire et principal rédacteur, de 1874 à 1914 et dans laquelle il publia un foule d’études, analyses et articles qui firent de lui l’un des principaux représentants de l’école dite « anti-libérale » et contre-révolutionnaire, attaquant sans relâche les démocrates-chrétiens et les francs-maçons. Il était disciple de Bonald, de Joseph de Maistre et émule de Louis Veuillot.

Il a publié des livres qui obtinrent de grands succès en leur temps, mais sont, aujourd’hui, complètement oubliés. Parmi eux, le plus marquant reste La conjuration antichrétienne : le Temple maçonnique voulant s’élever sur les ruines de l’Eglise catholique (1910). C’est à partir de 1919 qu’il rédigea, en trois gros volumes, Les pourquoi de la Guerre mondiale (sous-titré Les œuvres des hommes et les voies de Dieu, de la Renaissance à nos jours), ouvrage malheureusement interrompu par sa mort en 1921.

L’intérêt majeur de cette étude réside dans le fait qu’il ne s’agit pas du tout d’une analyse des relations diplomatiques ou politiques qui ont provoqué le déclenchement de la guerre, mais d’un exposé de la conception théologique de l’histoire, mettant en exergue les preuves du complot anti-catholique. Bien entendu, cette vision de l’histoire est totalement différente de celle habituellement présentée, sinon « imposée » par les chroniqueurs ou les tenants de la thèse « officielle ». Son but est d’apporter une réponse claire à la question Pourquoi en est-on arrivé là ? Quelles sont les causes des calamités qui nous frappent et quelles en seront les suites.

Il donne deux grandes lignes directrices à sa démonstration :
1/ Les péchés de la France.
2/ Vers un gouvernement mondial.

Pour la première partie, il apporte les preuves que l’on ne prend pas suffisamment au sérieux la vie chrétienne, laissant trop libre cours à l’esprit matérialiste et mondain. Le couperet tombe de manière implacable : la France a subi un châtiment terrible du fait de sa culpabilité en n’ayant pas tenu le rôle providentiel qui lui avait été confiée de Fille aînée de l’Eglise, ayant reçu une mission divine à remplir. Il rappelle à ce propos les paroles prononcées par saint Rémi, lors du baptême de Clovis : « Je me réserve cette Nation : quand elle sera coupable, elle sera châtiée, mais ne périra jamais ». Mgr Delassus y ajoute ce commentaire : les tribulations de la guerre sont un remède en vue de la guérison et non un châtiment pour provoquer la mort.

lundi 16 juin 2014

L'étrange pontificat du pape François

Il y a quelques mois (mars 2014, Editions du Sel) est paru  un petit livre portant ce titre, rédigé par un Argentin, compatriote du pape, qui a estimé qu’il était utile de porter à la connaissance du public ses doutes et ses inquiétudes au sujet des déclarations, prises de position et décisions de François. Du fait de leur origine commune, nous sommes enclins à estimer qu’il est en possession d’un certain nombre d’éléments probants lui permettant d’étayer son exposé.

Nous avions envisagé de nous entretenir avec lui, mais un emploi du temps chargé et le fait qu’il ne pratique pas de façon courante la langue française ne lui ont pas laissé la possibilité de nous répondre dans les délais assez courts, reconnaissons-le, que nous lui avions imposés.

Toutefois, avec son accord, nous allons avancer, pas à pas, dans le contenu de son ouvrage, chapitre après chapitre, en reprenant et reproduisant des extraits de ses propos, ce qui sera l’équivalent de ses réponses à  un entretien.

*

Afin qu’il n’y ait aucune équivoque sur le sens de sa démarche, Alexandre Marie ouvre son livre par une courte introduction : En tant que catholique, me voir en conscience dans l’obligation d’émettre des critiques vis-à-vis du pape constitue pour moi une douleur immense, un véritable déchirement du cœur (…) Malheureusement, il se trouve que le pape François, en à peine un an de pontificat, a posé un grand nombre de gestes atypiques et a dit beaucoup de choses qui sont pour le moins troublantes. Les faits sont tellement nombreux que j’ai l’embarras du choix (…) Je vais énumérer ceux qui me semblent être les plus représentatifs du style qu’il a visiblement décidé de donner à l’exercice de sa charge apostolique (…) en essayant de montrer brièvement en quoi ils peuvent faire l’objet d’une critique réalisée à la lumière du magistère de l’Eglise.

jeudi 15 mai 2014

Révolution et contre révolution dans l'Eglise. Le père Calmel (1914-1975)


Entretien (extrait) avec le père Jean-Dominique Fabre au sujet de son ouvrage sur le père Calmel

Lecture et Tradition : Mon père, vous avez évoqué, lors de votre conférence, la personnalité hors du commun du père Calmel à qui vous avez consacré un livre paru depuis déjà presqu'un an et demi (décembre 2012). C’est un ouvrage dense, copieux (660 pages), très documenté, bourré de citations, de références et de témoignages. En complément de vos propos, nous estimons presque indispensable, pour l’édification de nos lecteurs, de nous attarder quelques instants avec vous sur son contenu.

Pouvez-vous nous indiquer les raisons pour lesquelles vous avez tenu à écrire et publier cette biographie ?

Père Jean-Dominique : À vrai dire, je ne me suis jamais senti poussé à écrire une biographie. Les ouvrages que j’avais eu l’occasion de publier jusqu’alors traitaient de sujets généraux (la philosophie, l’histoire de l’Église, l’Écriture Sainte, etc.). Une biographie réclame beaucoup plus de recherches, d’entretiens, de voyages, de questions de détails qui me faisaient peur. Mais un ami prêtre et religieux m’a vivement incité, avec persévérance, à composer un livre sur le père Calmel. Membre d’une communauté qui commençait à flancher et à abandonner le combat, le moine prit le temps de consulter la revue Itinéraires dans la bibliothèque de son monastère. Il lut attentivement les nombreux articles du père Calmel. Là, il puisa la lumière et la force de comprendre la situation présente et de faire les choix qui s’imposaient. Il voulait faire profiter à d’autres la lucidité et la prudence qui inspirent tous les écrits du père Calmel.
Puis, d’autres amis m’ont encouragé à me mettre au travail. La Providence permit que je réside à Brignoles, pendant quatre ans, chez les Dominicaines du Saint Nom de Jésus, au lieu même où le père Calmel finit ses jours. J’étais à la source, il n’y avait qu’à boire.

L. et T. : Nous supposons que vous avez  rencontré le père Calmel. En quelles circonstances l’avez-vous connu ?

P. J.-D. : Au risque de vous surprendre, je n’ai pas connu personnellement le père Calmel. Dès l’âge de dix-huit ans, j’avais été enthousiasmé à la lecture de certains de ses articles et de ses livres (surtout Les Mystères du Royaume de la Grâce) et l’esprit dominicain qui les inspire. Mais la biographie a été fortement facilitée par la correspondance du père Calmel qui a été mise à ma disposition par des personnes auxquelles je suis très reconnaissant. C’est elle, surtout, avec le témoignage des gens qui l’on fréquenté, qui a donné à ce livre son caractère vivant et personnel.

L. et T. : Nous avons découvert au fil des pages que le père était d’une santé fragile et délicate. Et pourtant, tout au long de son itinéraire terrestre, il a énormément donné de sa personne et ne s’est jamais ménagé. Pouvez-vous nous fournir quelques indications supplémentaires sur son milieu familial, son enfance et son adolescence ?

P. J.-D. : Roger Calmel naît le 11 mai 1914, il y a juste cent ans, sur les coteaux de la Lémance dans le Lot-et-Garonne. Ses parents sont de bons chrétiens, des agriculteurs très pauvres qui doivent travailler dur pour survivre. L’indigence du foyer est accentuée par la guerre de 14-18 et par ses suites. Le père, monsieur Matthieu Calmel, est presque toujours absent pendant ces quatre années et il revient malade au pays. Sa mère semble avoir souffert elle-même d’insuffisance cardiaque qu’elle transmit à son fils.
Une vie austère, donc, travailleuse, mais d’une pauvreté qui fait goûter les beautés de la nature, les labeurs et les joies des saisons que Dieu fait. Les lettres de son père à son fils ainsi que les souvenirs du père Calmel nous font découvrir une véritable chrétienté.
Roger fait son école primaire au village, où l’on descend à pied tôt le matin. Puis, le curé conseille aux parents de l’envoyer au Petit Séminaire d’Agen. C’est là que Roger fait son secondaire où il manifeste des dons intellectuels exceptionnels et, déjà, une vie spirituelle hors du commun. Il est un travailleur acharné, mais qui reste très attaché à la terre qui l’a vu naître.

mardi 15 avril 2014

La tyrannie médiatique, par Jean-Yves Le Gallou

Extrait de la conférence prononcée aux 43èmes Journées Chouannes (Chiré-en-Montreuil), le 1er septembre 2013

La tyrannie médiatique traduit une situation selon laquelle les media, l’idéologie des media, la manière dont les media présentent les faits commandent les décisions politiques, les décisions judiciaires et les décisions militaires, parce que ce que disent les media, c’est ensuite ce qui rentre dans les cerveaux et c’est ce qui contrôle les cerveaux.

Alors je vais vous donner quelques exemples mais vous les vivez tous les jours, pris dans l’actualité de cet été où on voit quelques manœuvres, quelques techniques de contrôle de l’opinion toujours basées sur la négation des faits, la négation de la réalité.

Premier exemple : Au mois de juillet un train a déraillé à Brétigny-sur-Orge. Attentat ou accident ? Nous ne le savons pas mais avant que personne ne l’apprenne, on nous disait que c’était un accident. Or ce qui est extraordinaire, à la suite de cet accident, il y a eu des pillages, et y compris des agressions contre les sauveteurs et les médecins, ce qui a été quasiment totalement occulté par les grands media dominants, qu’il s’agisse des journaux ou des télévisions. On a eu une désinformation par occultation. On ne va pas dire qui sont les auteurs de ces pillages et de ces agressions, d’autant plus que, si on en parle, apprendra-t-on qu’il s’agit de jeunes. Là nous sommes dans un autre mode de désinformation qui est la désinformation par le vocabulaire, la désinformation par la novlangue, comme l’avait très bien conçu George Orwell dans son formidable roman par anticipation : « 1984 ».

samedi 15 mars 2014

Problèmes et grands courants de la philosophie – Entretien avec Philippe Maxence (extrait)

Lecture et Tradition : Lors de la précédente édition des Problèmes et grands courants de la philosophie, vous aviez eu un prestigieux prédécesseur pour rédiger la préface du livre, Marcel De Corte qui écrivait : « A une époque où trop de philosophes tirent de leurs songes et de leurs acrobaties verbales des feux d’artifice dont les flammes et les fumées conjuguées n’ont d’autre fin que de séduire et d’aveugler le chaland, Louis Jugnet n’a d’autre dessein que d’amener l’intelligence du lecteur à reconnaître la vérité de son propos ». Il n’est donc pas étonnant de constater à quel point les esprits et les intelligences contemporains ont été obscurcis par un tel aveuglement. Qu’en pensez-vous ?

Philippe Maxence : Dois-je être franc ? La préface de Marcel De Corte se suffit à elle-même. Elle est une magnifique introduction au livre de Jugnet, en raison de son auteur et de son propos. Malheureusement, les travers que Marcel De Corte dénonce dans sa préface existent toujours et se sont même aggravés. L’œuvre de De Corte mériterait également d’être redécouverte, lue, méditée, confrontée à la réalité de notre époque. Il faudrait par exemple que les jeunes générations puissent lire L’Intelligence en péril de mort, un maître livre pour notre temps qui ausculte avec une extraordinaire capacité d’analyse et une férocité réjouissante notre société contemporaine.

L. et T. : Le jugement de Marcel De Corte est sans concession, lorsqu’il ajoute : « Voyez les professeurs de philosophie actuels, ballottés entre le scepticisme prétendument libéral et le fanatisme marxiste, balancés de l’aberration molle à l’aberration dure, tiraillés entre la complaisance lâche à l’anarchie et la nostalgie d’un dogmatisme totalitaire appuyé sur un appareil policier à leur service ». Il y a bien lieu, en lisant ceci, de confirmer que depuis tant d’années nous sommes sous la haute surveillance, pour ne pas dire la traque de la police de la pensée, pour reprendre la terminologie chère à notre cher Jean Madiran.

Ph. M. : Oui, bien sûr, nous sommes sous la coupe d’une police de la pensée et ceux qui n’ont à la bouche que le mot de « liberté » ont la ferme intention de la restreindre chez ceux qu’ils désignent comme leurs ennemis. Vieille histoire révolutionnaire : pas de liberté pour les ennemis de la liberté. Chesterton, au début du XXe siècle se moquait déjà du dogmatisme des anti-dogmatiques, des contradictions inhérentes à ces systèmes de pensée qui placent le dogme exactement là où il ne devrait pas se trouver. C’est une pente facile de l’esprit humain, mais qui est aggravée aujourd’hui par l’idéologie et par l’utilisation des institutions au service de celle-ci. D’autres que moi ont analysé remarquablement ces phénomènes. Connaissons ces travaux, sachons les utiliser, mais surtout, cessons de nous apitoyer sur nous-mêmes sous prétexte qu’ils sont à l’œuvre. On détruit le bien plus vite qu’on le restaure, c’est une loi de cet ordre naturel que nous défendons. Il faut travailler aujourd’hui à restaurer tout ce qui peut l’être, avec patience et complémentarité, dans le respect de nos vocations et de nos devoirs d’état, en évitant le piège d’une action révolutionnaire au profit d’une pensée contre-révolutionnaire.