vendredi 29 juillet 2016

46èmes Journées Chouannes : Chiré : 50 ans d’histoire !

Ce deuxième numéro de l’été est consacré à la poursuite de la célébration de notre cinquantième anniversaire (1).

Construit sur le même principe que le précédent, il est présenté en deux parties :
– quelques témoignages d’amis (le R.P. Jean-Paul Argouarc’h, Élise Humbert, Luc Perrel).
– L’exposé des motifs et des raisons, par 25 auteurs, de leur venue à nos deux journées exceptionnelles des 4 et 5 septembre.

À les lire, nous ne pouvons nous empêcher d’en ressentir une légitime fierté. Ils prouvent que ce que nous avons accompli pendant un demi-siècle, n’a pas été inutile, bien au contraire. Nous pouvons le résumer par ce que nous a écrit l’un des auteurs :
« Alors que la situation de la France et de l’Europe occidentale ne cesse de se dégrader, il est important d’apporter son soutien à l’événement marquant que constitue le 50e anniversaire d’une institution majeure de la mouvance nationaliste. C’est aussi une manière de rendre hommage à la ténacité, au courage d’une équipe qui est parvenue à faire vivre et développer dans l’adversité d’une société déchristianisée, sinon anti chrétienne et anti catholique, une entreprise de diffusion d’idées et de culture dans la continuité de la tradition culturelle de la France, tant par sa librairie que par ses diverses publications ».

*

L’ensemble de ce florilège est assez éloquent. Sa lecture montre et prouve que les efforts accomplis pendant 50 ans par Jean Auguy et ses collaborateurs méritent d’être salués à leur juste valeur. Nous vous conseillons vivement d’en prendre connaissance dans son intégralité, la seule conclusion que vous en tirerez pourrait être la suivante, exprimée par un ami : « Oui, ils ont raison. Il faut absolument que je me rende à ces grandes journées de 50e anniversaire ».

Comme nous l’exprimions dans notre numéro du mois de juin, nous vous suggérons de nous offrir le cadeau qui nous conviendra le mieux pour notre bel anniversaire : venez tous en très grand nombre nous entourer pour proclamer ensemble d’un chœur unanime : « Vive Dieu et vive le roi ! »

Jérôme SEGUIN

1 – Pour ceux qui ne l’ont pas lu, nous recommandons le numéro précédent (62, juin 2016).

Extrait du n° 63-64 – nouvelle série (juillet-août 2016) de Lecture et Tradition
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mercredi 15 juin 2016

Chiré : un demi-siècle de combat pour le livre !


Avant-propos pour le 50ème anniversaire 

Pour cette circonstance exceptionnelle, nous proposons une synthèse de nos quatre numéros parus en 1976, 1986, 1996 et 2006 pour les 10e, 20e, 30e et 40e anniversaires.

Nous reproduisons, en premier lieu, une partie de l’éditorial rédigé par Jacques Meunier pour le 10e anniversaire (n° 60, mai-juin 1976). Nous avons tenu à laisser cette première place à Jacques Meunier qui, grâce à ses brillantes qualités de rassembleur, d’entraîneur d’hommes et de propagandiste, fut l’inspirateur de tout ce qui a été réalisé à Chiré depuis 1966 et resta le compagnon de route, le proche ami et le complément indispensable de Jean Auguy pendant de longues années, jusqu’à sa mort prématurée, en 1994 (il était âgé de 52 ans !). Il resta un militant exceptionnel chez qui le courage n’avait d’égal que la fidélité.

En voici la teneur :
« On a trop l’habitude, chez les « libéraux avancés », de s’arroger l’apanage de la jeunesse, pour qu’il nous soit donné de souligner qu’une revue traditionaliste et contrerévolutionnaire a été créée, il y a dix ans, et par des garçons de 20 ans. Aux marches de la Vendée Militaire (faut-il y voir un signe ?), nous ne pouvons que nous souvenir des chefs de l’Armée Catholique et Royale, de l’ « Armée des Géants » qui avaient 20 ans eux aussi, et dont nous avions fait nos modèles, pour marcher dans leurs pas, écrasés par leur image, leur grandeur et leur foi. Derrière leurs bannières, la fidélité à la Contrerévolution, tranquillement et opiniâtrement vécue depuis dix ans, soutenue et partagée par le nombre grandissant de vous tous, amis lecteurs, peut apparaître aux yeux des media comme un travail de fourmis. Peut-être, mais la fourmilière s’est agrandie ; elle n’offre aux regards superficiels que ses entrées et le mouvement extérieur des ouvriers et des ouvrières attelés aux mêmes tâches répétitives. Que sauront-ils jamais du travail des profondeurs, de la consolidation de l’édifice, des réserves accumulées, de ces munitions que sont les bons livres et les bons textes, mais surtout du travail opéré dans les âmes, les intelligences et les cœurs, chez ceux qui sont venus chercher ici la nourriture qu’ils ne trouvaient pas ailleurs, ni dans les églises, les universités, les écoles ou les familles ? Que sauront-ils jamais de ceux qui ont été confortés, qui ont découvert les vérités éternelles qui régissent le ciel et la société des hommes, de ceux mêmes qui ont retrouvé les chemins de la foi par les lectures, des activités ou des contacts noués par cette centrale de diffusion que nous voulions promouvoir ? Dieu seul le sait ! […]
« Sans haine et sans exclusive, nous avons voulu affirmer la Contrerévolution, avec le souci permanent de ne pas heurter, si ce ne sont les suppôts de la révolution, avoués ou masqués, et pour lesquels il ne saurait y avoir de quartier. Jamais nous ne sommes entrés, et jamais nous n’entrerons, dans les luttes partisanes et fratricides qui déchirent la « droite ». Nous ne serons jamais l’annexe ou la filiale d’un quelconque mouvement ou les admirateurs inconditionnels d’un homme. Qu’on ne cherche pas à nous rattacher à tel ou tel, ce serait mensonge : la Contrerévolution n’appartient à personne et personne n’a le droit de s’identifier à la Contrerévolution ; ce serait calomnie de nous prêter ces tentations » […]
« Entourés de votre amicale et permanente charité, de nos angoisses et de nos espérances communes, nous avons cheminé, nous avons travaillé ensemble, auteurs, rédacteurs et lecteurs, dans une authentique croisade du livre contrerévolutionnaire. Beaucoup a été fait, mais beaucoup reste à faire. Dix ans, c’est à la fois très long et très court ; c’est dans tous les cas un temps suffisant pour avoir acquis la confiance et la fidèle amitié de milliers de lecteurs dont nous voudrions qu’ils soient ou qu’ils deviennent des milliers de militants de la Contrerévolution. Les temps sont mauvais, le mal est partout triomphant et nos ennemis pavoisent, mais la Victoire de Pâques est si près des ténèbres du Vendredi-Saint, que nous ne sommes animés d’aucune crainte, car nous savons que les bannières du Sacré-Cœur flotteront un jour proche sur les tours de Notre-Dame ».
Dix années plus tard, en 1986, pour le 20e anniversaire,  Jean-Baptiste Geffroy rédigeait l’introduction du n° 119 :
« En créant Lecture et Tradition, Chiré a fait œuvre originale. A Chiré il y a deux choses : Diffusion de la Pensée Française et Lecture et Tradition. Un tandem intelligent, une librairie par correspondance et un bulletin littéraire. Il ne s’agit pas de concurrencer les organismes de diffusion existants, mais de bien faire connaître certains livres et de présenter la presse amie de langue française, en bref de travailler pour l’imprimé, de faire partager cette nécessité de notre époque : lire, ainsi que les grandes joies qu’elle procure […] Oui le premier numéro de Lecture et Tradition était un symbole. Il traduisait une réalité pleinement rassurante et pleine de promesses. Le drame algérien avait à peine fini d’enterrer ses morts et de murer ses prisonniers que la relève était assurée. Petitement, humblement avec cette espérance qui succède aux espoirs meurtris. Et il y aura depuis cent vingt numéros célébrant des centaines d’auteurs et des centaines de livres, de bons livres, commentés, propagés diffusés, arrachés au silence écrasant du “ système ”. Le beau défi ! Qui oserait dire aujourd’hui qu’il n’a pas été relevé et surmonté ? ».

lundi 16 mai 2016

La plus grande fratrie durant la Grande Guerre - Hommage du centenaire


« Enfant de France, n’oublie jamais les dix frères Ruellan »



Pourquoi le ministère de l’Éducation nationale fit appliquer cette sentence dans toutes les écoles de France ? Cela, c’était en 1938, et c’était pour éduquer les consciences, donner des exemples à la jeunesse française et honorer nos héros nationaux.

Et pourquoi, à l’heure où nous commémorons le centenaire de la Grande Guerre – ce long centenaire de cinq ans – les ministres laissent-ils désormais ces héros nationaux aux oubliettes ?


Au départ, il y a Jules Ruellan et Marguerite du Rivau : un couple jovial, un couple de fervents catholiques élevés dans l’amour de la France éternelle. Puis de ce foyer naîtront ceux qui deviendront « les dix frères Ruellan ». Une fratrie nombreuse entièrement mobilisée à l’appel de la patrie. Une fratrie dans laquelle la conscience individuelle et collective éclairera un engagement immédiat, promptement mis en œuvre, entier, constant et sans faille.



Mobilisés, jusqu’au bout



Le 17 février 1915, à 27 ans, d’une balle en plein cœur, Bernard Ruellan tombait au champ d’honneur.


Parce qu’il fut le premier à tomber, il versa son sang sans avoir eu d’abord à verser des larmes pour chacun de ses autres frères qui le suivront dans la mort au combat.


Qui sont ces frères Ruellan qui, chacun selon son devoir d’état respectif avant-guerre, étaient déjà militants pour la foi et pour l’honneur ? Ils constituent la plus grande fratrie française engagée usque ad ultimum spiritum.


Qui sont ces frères Ruellan qui suscitèrent la vocation militaire d’un héros national, le commandant Hélie Denoix de Saint Marc ? Comme nous le verrons plus loin, Hélie est en effet un neveu des frères Ruellan. « Je me suis senti attiré par la vocation militaire fasciné par l’exemple de mes oncles, les dix frères Ruellan ».


Pourquoi ont-ils naguère été élevés à la mémoire nationale auprès de tous les écoliers et pourquoi sont-ils aujourd’hui réservés à la mémoire privée ?


Pourtant, à Saint Malo – et ils ont cela en partage avec Chateaubriand – subsiste la stèle en hommage aux frères Ruellan, la fratrie la plus nombreuse fauchée par la Grande Guerre. Ce n’est pas par la plume ni avec de l’encre comme Chateaubriand, mais par les armes et souvent avec leur sang qu’ils ont participé à la formidable épopée nationale, qu’ils ont contribué au grand récit de l’histoire de France.


A Saint-Malo, cité qui sait honorer ses héros, la stèle se situe rue des Six frères Ruellan, sur leur ancienne maison, devenue aujourd’hui bibliothèque municipale.


Enfants de France, pourquoi le ministère de l’Éducation nationale oublie-t-il aujourd’hui les dix frères Ruellan ?


Bien pire que l’oubli, il y a encore la falsification. La première est une ingratitude. La seconde est un mensonge. Lorsque des officialités exaltent devant les monuments aux morts chaque 11 novembre le souvenir et parfois la gloire de ces « soldats morts pour la République », et morts pour « les valeurs de la République », ils cherchent à se rendre hommage à eux-mêmes en récupérant sans vergogne le sacrifice de nos morts. C’est de la bouche du président Sarkozy que j’entendis, pour la première fois, lors d’un hommage national du 11 novembre, cette indigne récupération qui salit le sang de nos morts pour leur profit idéologique ou personnel.


Pourtant, dans chaque ville, dans chaque village, les enfants qui sortent de l’école en parvenant à lire et qui s’arrêtent un instant devant la litanie des morts de leur commune le voient bien profondément gravé sur les monuments aux morts : « morts pour la France », ou « mort pour la Patrie ».


France, Patrie. Deux mots trop durs à prononcer pour certaines élites.


Aujourd’hui, ceux qui sont aux manettes de la France – on peine à les nommer des gouvernants – semblent avoir une obsession : se servir de nos morts pour soutenir leur tentation relativiste et nihiliste. Se servir de nos morts pour nous inculquer que les combattants du monde entier s’y sont battus pour un régime politique, cette République broyeuse de la nation française dans un magma informe de races et de cultures. En somme, ce serait cette idéologie post-identitaire à laquelle nous serions redevables. Pourtant, nous sommes là dans une idéologie de fossoyeurs : du post-identitaire au post-mortem il n’y a qu’un fil ténu. Sur l’accueil du site Série des Frères d’armes (site consacré à la mémoire des anciens combattants), l’intention attribuée au ministre délégué aux Anciens combattants est affichée sans ambages : « valoriser ces récits incroyables issus de nos diversités dans les commémorations à venir ». On comprend hélas trop bien ce charabia conventionnel, que nous sommes habitués à traduire. Sur la page d’accueil de ce site d’anciens combattants, la quasi-totalité d’entre eux sont de visage extra-européen… La ficelle est grosse.


S’il n’est hélas pas possible de partager de plein cœur la mémoire de nos combattants avec les élites au pouvoir, que cela ne nous dissuade pas des justes hommages que nous leur devons en fleurissant leurs monuments et leur mémoire.


De bonne ou de mauvaise grâce, nos poilus se sont battus pour la France, leur patrie. Les plus profonds d’entre eux savaient qu’elle réunit les mânes des morts qui les précèdent, les vivants qui partagent les destinées d’une même époque, et ceux qui ne sont pas encore nés et qui se nourriront du pain de la paix ou des conflits que leurs aînés leur préparent.


Rarement une patrie trouva une telle destinée de vaillance et de générosité au sein d’une même famille. Tels les frères Macchabées de l’Ancien Testament, ils s’engagèrent tous pour se battre pour leur terre et leur devoir, leur foi.


Ces frères de sang, après avoir partagé le même foyer familial, le même amour du pays charnel et spirituel, amour de leur terre sacrée et de leur nation, de leurs traditions et de leur religion, eurent encore à partager en famille les mêmes affres et les mêmes lauriers. La gloire leur avait en effet préparé un large rameau, qu’ils furent dignes de partager.


C’est parce qu’en eux se trouve la plus grande fratrie française qui fit un tel sacrifice qu’on se recueille avec respect, et avec en mémoire toutes les autres victimes mais aussi tous les combattants qui en réchappèrent non sans blessure à l’âme.


Pourquoi donc leur mémoire est-elle délaissée aujourd’hui par le pouvoir ?


Laissons le souvenir des Ruellan répondre de lui-même, car des frères Ruellan, si des historiens pourront dire qu’ils sont morts « par la République », on ne pourra jamais dire qu’ils sont « morts pour la République ». A moins d’une pure et simple calomnie.



Les origines



Ruellan, un patronyme simple et répandu en Bretagne : la famille Ruellan est une famille de notables établie à Saint-Malo, où Jules, le père, est armateur. Marguerite du Rivau, la mère, est issue d’une ancienne famille aristocrate ayant fait souche dans la Sarthe. Ce couple de caractère à la fois gai et engagé donnera un beau foyer, fécond de dix-huit enfants avec une seule morte en bas âge.


Jules est un homme d’affaires bien occupé qui trouve pourtant, en sus de ses devoirs familiaux, à s’engager dans de nombreuses bonnes œuvres : conférence Saint-Vincent-de-Paul, conseil de fabrique, comité des écoles libres, conseiller municipal de Saint-Malo, membre du Tribunal de commerce… Marguerite veille sur tous les soucis domestiques et surtout sur l’éducation de ses enfants qui passèrent l’essentiel de leur scolarité dans la Sarthe, son pays d’origine : plusieurs des filles au Sacré-Cœur du Mans, les garçons à Notre-Dame de Sainte-Croix, établissement tenu par les jésuites. Durant quinze années, huit des frères usèrent leurs fonds de culottes dans cette école qui reçut d’autres figures notables de l’épopée nationale : Antoine de Saint-Exupéry, Olivier de Kersauson.


La maison des Ruellan est animée de toutes les joies et peines qui font la vie de famille. Elles sont vécues avec bonté, parfois avec les débats animés des hommes de caractère, toujours avec le sourire et la joie de vivre. Ce creuset d’affection, de dévouement, de tempérament et de piété préparait les vaillants combattants qui se révèleront lorsque sonnera la mobilisation générale.

vendredi 15 avril 2016

Le Message d’Amour du Cœur Immaculé de Marie à Fatima

Entretien avec Mickaël Savigny à propos de la parution du livre du Père Stanislas du Chambon-Feugerolles (Éditions de Chiré, 2016)


Lecture et Tradition : Vous avez rédigé l’avant-propos du livre du Père Stanislas dans lequel vous décrivez les circonstances de la réédition de cet ouvrage, pouvez-vous les résumer pour nos lecteurs ?


M. S. : Avec plaisir, parce qu’en effet ces circonstances sont providentielles, et jusqu’à ce que les épreuves soient sur le marbre, nous avons reçu des petits clins d’œil de la Sainte Vierge ! Tout d’abord, c’est un de nos correspondants de la librairie Dobrée à Nantes qui nous a apporté deux éditions anciennes du Message d’Amour avec le désir de nous le voir rééditer ; un homme âgé, charmant et son éloquence, son parler, choisi, courtois, d’un autre temps malheureusement, a tout d’abord retenu notre attention. Piqué de curiosité, nous avons donc ouvert cet écrin que nous n’avons refermé qu’après avoir achevé la dernière page. Ce fut une immersion totale, bouleversé que nous étions par tant de simplicité, de pureté, de spiritualité toute « digérée » ! De plus, à la fin de l’ouvrage l’auteur recommandait chaleureusement notre librairie de Chiré pour les achats de bons livres, là c’est notre orgueil qui fut piqué ! Enfin de retour à Chiré, nous avons trouvé dans le monceau d’archives une carte fort sympathique écrite de sa main que nous reproduisons dans le cahier photos. La décision était prise...


L. et T. : Personnellement, nous nous souvenons avoir recensé les ouvrages de cet auteur, mais sans le connaître réellement, avez-vous quelques renseignements à son sujet ?


M. S. : Comme je vous le disais, notre curiosité a été véritablement exacerbée par cette histoire, et oui nous voulions en savoir plus ! Nous devons la courte biographie de notre homme à Yves Chiron tout d’abord, au Pères Capucins de Morgon ensuite, à un séminariste de Flavigny et à l’abbé du Chalard enfin !

Le Père Stanislas, en recommandant notre librairie, nous mettait sur la voie. S’il était proche de notre centre, c’est qu’il était sérieusement conservateur, sinon plus… Nous savions qu’il était capucin puisqu’il faisait suivre son nom de la mention o.f.m., qu’il était Français puisque son nom était accolé à celui de sa ville natale comme c’est la coutume chez les capucins. Deux éléments qui nous laissaient espérer qu’il ait fréquenté le Père Eugène de Villeurbanne, le fondateur de la branche traditionaliste des Capucins. En effet, Yves Chiron le mentionne dans son ouvrage qu’il a consacré au Père Eugène. Nous avons donc pris contact avec les Pères de Morgon qui n’ont, conformément à l’esprit de leur fondateur, ni téléphone ni internet. C’est une de leur fidèle toute dévouée, rapide et efficace, qui a servi d’intermédiaire et qui nous a transmis les quelques lignes instructives qui sont reproduites in extenso dans notre nouvelle édition. Nous y apprenons que le Père Stanislas était un excellent théologien, qu’il s’était réfugié après le Concile dans un couvent de Palerme plus rigoureux que ceux de France, qu’il en fut tout de même évincé pour ses positions trop traditionnelles, qu’il finit par rallier la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X et qu’il fut enterré au séminaire Saint-Curé d’Ars de Flavigny. Notre illustre inconnu finissait par se dévoiler et nous confirmait dans notre projet. à Flavigny, le séminariste chargé de l’accueil téléphonique a eu la gentillesse de nous envoyer une photo de la tombe du Père qui nous apprend qu’il est né en 1902 et mort en 1997. Enfin, Monsieur l’abbé du Chalard, assistant du supérieur du district de la Fraternité Saint-Pie X en Italie, qui a côtoyé notre auteur lorsque celui-ci s’est réfugié au sein de la Fraternité, s’est empressé de nous adresser une photo du visage du Père Stanislas malgré son emploi du temps surchargé (il est aussi directeur du Courrier de Rome).

Un grand merci à toutes ces personnes qui ont concouru à la présente édition !

Nous avons été un peu long dans notre « résumé » mais toutes ces péripéties nous ont beaucoup plu et sont pour nous une preuve que la Providence voulait ce livre !


L. et T. : Rien que ça ?! Certes ces anecdotes sont charmantes, mais qu’est-ce qui vous fait penser que la Providence tienne absolument à la réédition du Message d’Amour ?

mardi 15 mars 2016

Notre Dame du Puy : histoire et fioretti

Extrait de l'entretien avec Élise Humbert à l'occasion de la parution de son livre (Éditions de Chiré, février 2016).

Lecture et Tradition : L’ensemble des fidèles catholiques connaissent, ou, du moins, ont entendu parler du Puy-en-Velay. Mais bien peu ne doivent savoir quelle est l’origine de ce site, devenu par la suite un lieu privilégié de dévotion à la Sainte Vierge. Pouvez-vous nous le rappeler ?



Élise Humbert : Le site du Puy-en-Velay s’inscrit dans la chaîne des volcans d’Auvergne, il fait évoquer la puissante montée des laves qui brisèrent le lithos [couche externe du sol terrestre, NDLR], et projetèrent dans un fracas apocalyptique des masses de rochers qui s’écrasèrent sur un sol incandescent. Vint ensuite la lente érosion de la pente des cratères, dégageant des necks et des dykes (1) qui résistèrent à l’assaut du temps, et composent aujourd’hui un paysage harmonieux, paisible et grandiose, unique au monde (2). Les cheminées de ces anciens volcans dressent les tours d’une forteresse immense, sur lesquelles la piété des saints bâtisseurs a placé, en sentinelles, les veilleurs du « Sanctuaire national de France », consacré par les anges et dédié à la Vierge de l’Annonciation : Saint Michel sur le Mont d’Aiguilhe, Notre-Dame de France sur le Rocher Corneille, Saint-Joseph du Bon Espoir sur le Mont Espaly. La beauté naturelle de la cité altière offre, depuis des siècles, un décor prestigieux aux processions jubilaires.



L. et T. : Dites-nous, en quelques mots, les circonstances dans lesquelles la Vierge a demandé que lui soit édifié ici un sanctuaire.



E. H. : La Sainte Vierge apparaît à deux reprises pour demander que soit édifié un sanctuaire sur le Mont Anis. Elle accomplit un premier miracle, vers l’an 50, ce qui lui permet d’exprimer son désir et de réserver  le lieu à cette fin : elle s’adresse à une malade atteinte de paralysie et l’engage à se faire transporter au faîte du Mont Anis où elle recouvrera la santé. L’infirme, bientôt étendue sur la dalle d’un dolmen, au sommet du mont, est gagnée par un mystérieux sommeil au cours duquel la Vierge, entourée de chœurs angéliques, lui délivre son message. Le lendemain, au cœur de l’été, le sommet du mont Anis resplendit sous un manteau de neige étincelante, et un cerf, « surgi de nulle part », délimite d’une  course puissante le pourtour du futur sanctuaire. Enfin, trois siècles plus tard, par un miracle semblable au précédent, la Vierge demande que soient entrepris les travaux d’érection du sanctuaire et elle prononce ces mots, gage d’espérance pour le pèlerin : « C’est ici que […] j’accorderai aux supplications de la piété le soulagement des malades et la consolation des affligés. J’ai choisi cette montagne entre mille pour donner une audience favorable à ceux qui viendront m’y présenter leurs demandes et leurs requêtes ».



L. et T. : Et ainsi, est-il devenu le deuxième plus ancien (après Chartres) sanctuaire de Gaule dédié au culte marial.



E. H. : Que ce soit celui de la cité des Carnutes, Chartres, ou celui du Mont Anis, le Puy-en-Velay, les deux sanctuaires s’élèvent sur des lieux  consacrés depuis des temps immémoriaux à la Vierge Marie : en effet, les druides qui avaient été instruits des prophéties (3) – en particulier de celle d’Isaïe : « Voici que la Vierge a conçu, et elle enfante un fils, et elle lui donne le nom d’Emmanuel » – les avaient dédiés à la « Virgo paritura », à la Vierge qui va enfanter. Les rites de leur religion se rapportaient à cette dévotion et honoraient la pureté sans tache : au mois de décembre, vêtus de longues robes blanches, ils coupaient le gui du chêne rouvre avec une faucille d’or afin de ne pas en corrompre la sève. Ainsi les deux sites furent-ils, bien avant le christianisme, le berceau d’une dévotion mariale et les sanctuaires s’implantèrent-ils dans une terre qui appartenait déjà à la Vierge Marie et annonçait le « Regnum Galliæ, Regnum Mariæ ».

lundi 15 février 2016

La bataille de Verdun : 300 jours en enfer (février-décembre 1916)

Nous commémorons cette année le centenaire de cette gigantesque ordalie qui mit aux prises les deux meilleures armées de l’époque. Je voudrais à travers ces quelques lignes rendre un hommage appuyé aux combattants des deux camps. Il nous est difficile d’imaginer aujourd’hui – engoncés que nous sommes dans notre petit confort bourgeois – ce que furent la somme des souffrances endurées par les poilus, les prodiges de valeur montrés sur le champ de bataille, l’abnégation magnifique et le sacrifice suprême pour beaucoup. Nous serions bien inspirés, par les temps difficiles que nous vivons et alors que les nuages s’amoncellent au dessus de nos têtes, de retrouver les antiques vertus guerrières de nos ancêtres. Sans prétendre à l’exhaustivité dans le cadre de cet article, je raconterai d’abord sommairement ce que fut cette bataille, puis j’évoquerai quelques mythes et questions encore débattus aujourd’hui par les historiens et pas toujours connus du grand public ; je terminerai par quelques conseils de lecture.


PREMIÈRE PARTIE : LA BATAILLE


Le contexte général

Hiver 1916. Le conflit dure depuis 2 ans. Les espoirs et les illusions d’une guerre courte se sont envolés après l’échec de la guerre de mouvement en 1914. Le front ouest s’est stabilisé sur une ligne qui court en France de la Mer du Nord aux Vosges et les combattants se sont enterrés dans les tranchées, inaugurant la guerre de position. La situation est complètement bloquée, les belligérants sont dans l’impasse.


Le contexte particulier

Les raisons du choix de Verdun pour une offensive allemande d’envergure :

Asphyxiés progressivement par le blocus économique des Alliés et menacés d’une entrée en guerre des États-Unis aux côtés de l’entente, les Allemands savent que le temps joue contre eux et veulent en finir rapidement en frappant un grand coup qui permettrait – sinon de mettre un terme à la guerre – du moins négocier un armistice ou une paix en position de force. Pour cela, ils décident, dans le plus grand secret, de monter une offensive gigantesque dans l’espoir de crever enfin le front et de retrouver une liberté de mouvement qui les mènerait peut-être jusqu’à Paris. C’est le secteur de Verdun qui est finalement choisi et ce, pour plusieurs raisons :


1. Stratégiques : Verdun est un couloir naturel d’invasion depuis l’Antiquité. Position fortifiée et bien défendue (en principe), elle barre les plaines de Champagne à toute invasion. Sa chute ouvrirait la voie vers Paris. De plus, Verdun est isolée au milieu du front allemand dans lequel elle forme un saillant, son ravitaillement par les Français sera difficile car les rares routes d’accès sont sous le feu des canons allemands.

2. Tactiques : les Allemands ont appris fin 1915 que les forts qui protègent la place de Verdun ont été désarmés. C’est le moment d’en profiter.

3. Logistiques : le réseau des voies de communications allemand est bien organisé, celui des Français inexistant.

4. Psychologiques et dynastiques : historiquement, Verdun est la ville où fut signé le fameux traité de 843 qui partageait l’Empire entre les petits-fils de Charlemagne. Les Prussiens y remportèrent des victoires en 1792 et en 1870 et occupèrent la cité. Le Kronprinz en personne, le fils du Kaiser Guillaume II et héritier de la couronne, commandera la 5ème armée allemande. Une victoire renforcera le prestige de la dynastie Hohenzollern et portera un coup terrible au moral des Français.


Préparatifs de la bataille

Ils débutent dès Noël 1915 dans le plus grand secret. Les longues nuits d’hiver et les espaces boisés permettent l’acheminement et l’installation dans la plus grande discrétion de centaines de pièces d’artillerie de tous calibres (environ 1200). Un intense trafic ferroviaire permet d’acheminer à pied d’œuvre hommes et matériel, 10 divisions sont ainsi massées sur un front réduit. En face, les Français n’ont que 3 divisions et 650 canons. Malgré leurs précautions, les Allemands ne peuvent totalement occulter les déplacements d’une troupe si importante et les observateurs et espions français ont vite fait de renseigner l’état-major. De plus, ces informations sont vite corroborées par des déserteurs alsaciens. Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, le commandant en chef des armées françaises – le général Joffre – n’y croit pas. Il faut dire qu’il n’est préoccupé que par sa propre offensive qu’il prépare sur la Somme. Cette erreur d’appréciation, une de plus, va se payer au prix fort…


La bataille de Verdun



1re phase : l’offensive allemande


Le 21 février 1916 à l’aube, l’enfer se déchaîne sur les lignes françaises. 1200 canons écrasent les tranchées sous un déluge de fer et de feu, c’est le fameux « trommelfeuer » allemand. Le bombardement va durer 9 heures et annihiler totalement la première ligne de défense qui disparaît littéralement du paysage. A 16 h, l’infanterie allemande monte à l’assaut, l’arme à la bretelle ! Le terrain est pulvérisé et les soldats ne s’attendent pas à beaucoup d’opposition. Les premières lignes sont rapidement conquises malgré la résistance acharnée et héroïque des chasseurs à pied du lieutenant-colonel Driant au Bois des Caures. La pression allemande se poursuit et le lendemain, les deuxièmes lignes françaises sont atteintes. La situation est alors très inquiétante, les Allemands ne sont plus qu’à 10 km de la ville. Cependant, les renforts affluent rapidement.

Le 24 et le 25 février, sont des jours noirs pour les Français : les deuxièmes lignes et le fort de Douaumont sont conquis par l’ennemi. Mais dans le même temps, le général Pétain prend le commandement de la 2e armée à Verdun et va pouvoir coordonner seul la défense de la place, ce qui est un gage d’efficacité. Organisateur hors pair, meneur d’hommes, vénéré par ses soldats, ce grand chef va sauver la situation. Le 26 février, les Allemands sont partout contenus et leur avance est bloquée.

jeudi 14 janvier 2016

Des livres pour les petits Chouans : trois questions à nos auteurs

Extrait des entretiens avec Mauricette Vial-Andru et Brigitte Lundi

Mauricette Vial-Andru


Lecture et Tradition : Vous venez de faire paraître une biographie de sainte Radegonde dédiée aux enfants. C’est impressionnant de voir que cette figure de l’Église eut une vie si riche en grâces et en péripéties, ainsi qu’une place si importante pour l’histoire de notre pays. Pourtant, elle paraît être complètement tombée dans l’oubli aujourd’hui, même dans les régions où elle vécut. Sauriez-vous l’expliquer ?


Mauricette Vial-Andru : Radegonde est peut-être oubliée à cause d’un préjugé à propos de son prénom, accusé d’une dissonance douloureuse à nos oreilles qui pourtant, en entendent bien d’autres ! Peut-être aussi parce que ce VIe siècle mérovingien nous semble bien lointain, bien éloigné de nos actuelles préoccupations. Pendant des décennies, le souvenir de la reine s’est estompé, et puis, le XIVe centenaire de sa mort, en 1987, a permis de redécouvrir son exceptionnelle personnalité. Et, si l’on cherche un peu, on constate que Radegonde n’est pas si oubliée que cela. En témoignent les quatre mille ex-voto qui entourent la crypte où elle repose (à Poitiers). En témoignent les églises, les chapelles, qui lui sont dédiées. En témoignent les communes et villages de France qui portent son nom.


L. et T. : Elle fut reine, épouse et moniale, en une époque bien ancienne, mais ne pensez-vous pas qu’elle puisse encore incarner un excellent modèle pour les jeunes filles de notre temps ?

M. V.-A. : Oui, Radegonde est un merveilleux modèle pour les jeunes filles d’aujourd’hui. Équilibrée et forte, elle fait entendre la voix de la raison dans des conflits qui s’élèvent dans son entourage. Généreuse, elle est sensible à la condition de tant de malades et de miséreux que connaît son époque et qu’elle secourt et soigne personnellement. Dans notre monde où ne cesse d’augmenter le nombre des pauvres, qui peut mieux entraîner à venir en aide aux plus démunis que cette reine qui accueille sans jamais discriminer personne ? Aimant la paix, elle la sauvegarde de tout son pouvoir. Elle sait pardonner : qui serait mieux placée que cette princesse étrangère devenue reine aimée du peuple qui massacra sa famille, pour enseigner le pardon ? Avec fermeté, elle s’oppose à Clotaire son mari mais elle le respecte. Elle déclare « qu’il est très excellent maître et roi ». Elle se préoccupe du salut de son âme, obtient de lui des actes de charité qui le grandissent. Elle ne revendique jamais et reste déférente : indépendante, très cultivée, elle n’a cependant rien d’une féministe ! (lire la suite dans notre numéro)



Brigitte Lundi


Lecture et Tradition : Voici que le troisième volume de la collection de livres pour enfants « Pour Dieu et le Roi… » des Éditions des Petits Chouans vient de paraître. Après avoir abordé les guerres de Vendée en général, puis le personnage de Cathelineau, vous nous présentez aujourd’hui la figure de Stofflet. Au vu de sa vie et de la place qu’il a eue dans l’histoire, il paraît assez singulier. Pourriez-vous nous en dépeindre ses différences et ses particularités de caractère, par rapport aux autres chefs vendéens ? De plus, il est originaire de Lorraine, n’est-ce pas curieux pour un « chouan » ?