vendredi 18 juillet 2014

Les pourquoi de la Guerre mondiale

Nous reprenons ici le titre donné par Mgr Delassus à son livre rédigé immédiatement après la fin de la Grande Guerre. Né en 1836, mort en 1921, il fut doyen du chapitre de la cathédrale de Lille, prélat de la maison Sa Sainteté (1904) et protonotaire apostolique (1911). Il collabora à La Semaine religieuse de Cambrai, dont il devint et resta propriétaire et principal rédacteur, de 1874 à 1914 et dans laquelle il publia un foule d’études, analyses et articles qui firent de lui l’un des principaux représentants de l’école dite « anti-libérale » et contre-révolutionnaire, attaquant sans relâche les démocrates-chrétiens et les francs-maçons. Il était disciple de Bonald, de Joseph de Maistre et émule de Louis Veuillot.

Il a publié des livres qui obtinrent de grands succès en leur temps, mais sont, aujourd’hui, complètement oubliés. Parmi eux, le plus marquant reste La conjuration antichrétienne : le Temple maçonnique voulant s’élever sur les ruines de l’Eglise catholique (1910). C’est à partir de 1919 qu’il rédigea, en trois gros volumes, Les pourquoi de la Guerre mondiale (sous-titré Les œuvres des hommes et les voies de Dieu, de la Renaissance à nos jours), ouvrage malheureusement interrompu par sa mort en 1921.

L’intérêt majeur de cette étude réside dans le fait qu’il ne s’agit pas du tout d’une analyse des relations diplomatiques ou politiques qui ont provoqué le déclenchement de la guerre, mais d’un exposé de la conception théologique de l’histoire, mettant en exergue les preuves du complot anti-catholique. Bien entendu, cette vision de l’histoire est totalement différente de celle habituellement présentée, sinon « imposée » par les chroniqueurs ou les tenants de la thèse « officielle ». Son but est d’apporter une réponse claire à la question Pourquoi en est-on arrivé là ? Quelles sont les causes des calamités qui nous frappent et quelles en seront les suites.

Il donne deux grandes lignes directrices à sa démonstration :
1/ Les péchés de la France.
2/ Vers un gouvernement mondial.

Pour la première partie, il apporte les preuves que l’on ne prend pas suffisamment au sérieux la vie chrétienne, laissant trop libre cours à l’esprit matérialiste et mondain. Le couperet tombe de manière implacable : la France a subi un châtiment terrible du fait de sa culpabilité en n’ayant pas tenu le rôle providentiel qui lui avait été confiée de Fille aînée de l’Eglise, ayant reçu une mission divine à remplir. Il rappelle à ce propos les paroles prononcées par saint Rémi, lors du baptême de Clovis : « Je me réserve cette Nation : quand elle sera coupable, elle sera châtiée, mais ne périra jamais ». Mgr Delassus y ajoute ce commentaire : les tribulations de la guerre sont un remède en vue de la guérison et non un châtiment pour provoquer la mort.

lundi 16 juin 2014

L'étrange pontificat du pape François

Il y a quelques mois (mars 2014, Editions du Sel) est paru  un petit livre portant ce titre, rédigé par un Argentin, compatriote du pape, qui a estimé qu’il était utile de porter à la connaissance du public ses doutes et ses inquiétudes au sujet des déclarations, prises de position et décisions de François. Du fait de leur origine commune, nous sommes enclins à estimer qu’il est en possession d’un certain nombre d’éléments probants lui permettant d’étayer son exposé.

Nous avions envisagé de nous entretenir avec lui, mais un emploi du temps chargé et le fait qu’il ne pratique pas de façon courante la langue française ne lui ont pas laissé la possibilité de nous répondre dans les délais assez courts, reconnaissons-le, que nous lui avions imposés.

Toutefois, avec son accord, nous allons avancer, pas à pas, dans le contenu de son ouvrage, chapitre après chapitre, en reprenant et reproduisant des extraits de ses propos, ce qui sera l’équivalent de ses réponses à  un entretien.

*

Afin qu’il n’y ait aucune équivoque sur le sens de sa démarche, Alexandre Marie ouvre son livre par une courte introduction : En tant que catholique, me voir en conscience dans l’obligation d’émettre des critiques vis-à-vis du pape constitue pour moi une douleur immense, un véritable déchirement du cœur (…) Malheureusement, il se trouve que le pape François, en à peine un an de pontificat, a posé un grand nombre de gestes atypiques et a dit beaucoup de choses qui sont pour le moins troublantes. Les faits sont tellement nombreux que j’ai l’embarras du choix (…) Je vais énumérer ceux qui me semblent être les plus représentatifs du style qu’il a visiblement décidé de donner à l’exercice de sa charge apostolique (…) en essayant de montrer brièvement en quoi ils peuvent faire l’objet d’une critique réalisée à la lumière du magistère de l’Eglise.

jeudi 15 mai 2014

Révolution et contre révolution dans l'Eglise. Le père Calmel (1914-1975)


Entretien (extrait) avec le père Jean-Dominique Fabre au sujet de son ouvrage sur le père Calmel

Lecture et Tradition : Mon père, vous avez évoqué, lors de votre conférence, la personnalité hors du commun du père Calmel à qui vous avez consacré un livre paru depuis déjà presqu'un an et demi (décembre 2012). C’est un ouvrage dense, copieux (660 pages), très documenté, bourré de citations, de références et de témoignages. En complément de vos propos, nous estimons presque indispensable, pour l’édification de nos lecteurs, de nous attarder quelques instants avec vous sur son contenu.

Pouvez-vous nous indiquer les raisons pour lesquelles vous avez tenu à écrire et publier cette biographie ?

Père Jean-Dominique : À vrai dire, je ne me suis jamais senti poussé à écrire une biographie. Les ouvrages que j’avais eu l’occasion de publier jusqu’alors traitaient de sujets généraux (la philosophie, l’histoire de l’Église, l’Écriture Sainte, etc.). Une biographie réclame beaucoup plus de recherches, d’entretiens, de voyages, de questions de détails qui me faisaient peur. Mais un ami prêtre et religieux m’a vivement incité, avec persévérance, à composer un livre sur le père Calmel. Membre d’une communauté qui commençait à flancher et à abandonner le combat, le moine prit le temps de consulter la revue Itinéraires dans la bibliothèque de son monastère. Il lut attentivement les nombreux articles du père Calmel. Là, il puisa la lumière et la force de comprendre la situation présente et de faire les choix qui s’imposaient. Il voulait faire profiter à d’autres la lucidité et la prudence qui inspirent tous les écrits du père Calmel.
Puis, d’autres amis m’ont encouragé à me mettre au travail. La Providence permit que je réside à Brignoles, pendant quatre ans, chez les Dominicaines du Saint Nom de Jésus, au lieu même où le père Calmel finit ses jours. J’étais à la source, il n’y avait qu’à boire.

L. et T. : Nous supposons que vous avez  rencontré le père Calmel. En quelles circonstances l’avez-vous connu ?

P. J.-D. : Au risque de vous surprendre, je n’ai pas connu personnellement le père Calmel. Dès l’âge de dix-huit ans, j’avais été enthousiasmé à la lecture de certains de ses articles et de ses livres (surtout Les Mystères du Royaume de la Grâce) et l’esprit dominicain qui les inspire. Mais la biographie a été fortement facilitée par la correspondance du père Calmel qui a été mise à ma disposition par des personnes auxquelles je suis très reconnaissant. C’est elle, surtout, avec le témoignage des gens qui l’on fréquenté, qui a donné à ce livre son caractère vivant et personnel.

L. et T. : Nous avons découvert au fil des pages que le père était d’une santé fragile et délicate. Et pourtant, tout au long de son itinéraire terrestre, il a énormément donné de sa personne et ne s’est jamais ménagé. Pouvez-vous nous fournir quelques indications supplémentaires sur son milieu familial, son enfance et son adolescence ?

P. J.-D. : Roger Calmel naît le 11 mai 1914, il y a juste cent ans, sur les coteaux de la Lémance dans le Lot-et-Garonne. Ses parents sont de bons chrétiens, des agriculteurs très pauvres qui doivent travailler dur pour survivre. L’indigence du foyer est accentuée par la guerre de 14-18 et par ses suites. Le père, monsieur Matthieu Calmel, est presque toujours absent pendant ces quatre années et il revient malade au pays. Sa mère semble avoir souffert elle-même d’insuffisance cardiaque qu’elle transmit à son fils.
Une vie austère, donc, travailleuse, mais d’une pauvreté qui fait goûter les beautés de la nature, les labeurs et les joies des saisons que Dieu fait. Les lettres de son père à son fils ainsi que les souvenirs du père Calmel nous font découvrir une véritable chrétienté.
Roger fait son école primaire au village, où l’on descend à pied tôt le matin. Puis, le curé conseille aux parents de l’envoyer au Petit Séminaire d’Agen. C’est là que Roger fait son secondaire où il manifeste des dons intellectuels exceptionnels et, déjà, une vie spirituelle hors du commun. Il est un travailleur acharné, mais qui reste très attaché à la terre qui l’a vu naître.

mardi 15 avril 2014

La tyrannie médiatique, par Jean-Yves Le Gallou

Extrait de la conférence prononcée aux 43èmes Journées Chouannes (Chiré-en-Montreuil), le 1er septembre 2013

La tyrannie médiatique traduit une situation selon laquelle les media, l’idéologie des media, la manière dont les media présentent les faits commandent les décisions politiques, les décisions judiciaires et les décisions militaires, parce que ce que disent les media, c’est ensuite ce qui rentre dans les cerveaux et c’est ce qui contrôle les cerveaux.

Alors je vais vous donner quelques exemples mais vous les vivez tous les jours, pris dans l’actualité de cet été où on voit quelques manœuvres, quelques techniques de contrôle de l’opinion toujours basées sur la négation des faits, la négation de la réalité.

Premier exemple : Au mois de juillet un train a déraillé à Brétigny-sur-Orge. Attentat ou accident ? Nous ne le savons pas mais avant que personne ne l’apprenne, on nous disait que c’était un accident. Or ce qui est extraordinaire, à la suite de cet accident, il y a eu des pillages, et y compris des agressions contre les sauveteurs et les médecins, ce qui a été quasiment totalement occulté par les grands media dominants, qu’il s’agisse des journaux ou des télévisions. On a eu une désinformation par occultation. On ne va pas dire qui sont les auteurs de ces pillages et de ces agressions, d’autant plus que, si on en parle, apprendra-t-on qu’il s’agit de jeunes. Là nous sommes dans un autre mode de désinformation qui est la désinformation par le vocabulaire, la désinformation par la novlangue, comme l’avait très bien conçu George Orwell dans son formidable roman par anticipation : « 1984 ».

samedi 15 mars 2014

Problèmes et grands courants de la philosophie – Entretien avec Philippe Maxence (extrait)

Lecture et Tradition : Lors de la précédente édition des Problèmes et grands courants de la philosophie, vous aviez eu un prestigieux prédécesseur pour rédiger la préface du livre, Marcel De Corte qui écrivait : « A une époque où trop de philosophes tirent de leurs songes et de leurs acrobaties verbales des feux d’artifice dont les flammes et les fumées conjuguées n’ont d’autre fin que de séduire et d’aveugler le chaland, Louis Jugnet n’a d’autre dessein que d’amener l’intelligence du lecteur à reconnaître la vérité de son propos ». Il n’est donc pas étonnant de constater à quel point les esprits et les intelligences contemporains ont été obscurcis par un tel aveuglement. Qu’en pensez-vous ?

Philippe Maxence : Dois-je être franc ? La préface de Marcel De Corte se suffit à elle-même. Elle est une magnifique introduction au livre de Jugnet, en raison de son auteur et de son propos. Malheureusement, les travers que Marcel De Corte dénonce dans sa préface existent toujours et se sont même aggravés. L’œuvre de De Corte mériterait également d’être redécouverte, lue, méditée, confrontée à la réalité de notre époque. Il faudrait par exemple que les jeunes générations puissent lire L’Intelligence en péril de mort, un maître livre pour notre temps qui ausculte avec une extraordinaire capacité d’analyse et une férocité réjouissante notre société contemporaine.

L. et T. : Le jugement de Marcel De Corte est sans concession, lorsqu’il ajoute : « Voyez les professeurs de philosophie actuels, ballottés entre le scepticisme prétendument libéral et le fanatisme marxiste, balancés de l’aberration molle à l’aberration dure, tiraillés entre la complaisance lâche à l’anarchie et la nostalgie d’un dogmatisme totalitaire appuyé sur un appareil policier à leur service ». Il y a bien lieu, en lisant ceci, de confirmer que depuis tant d’années nous sommes sous la haute surveillance, pour ne pas dire la traque de la police de la pensée, pour reprendre la terminologie chère à notre cher Jean Madiran.

Ph. M. : Oui, bien sûr, nous sommes sous la coupe d’une police de la pensée et ceux qui n’ont à la bouche que le mot de « liberté » ont la ferme intention de la restreindre chez ceux qu’ils désignent comme leurs ennemis. Vieille histoire révolutionnaire : pas de liberté pour les ennemis de la liberté. Chesterton, au début du XXe siècle se moquait déjà du dogmatisme des anti-dogmatiques, des contradictions inhérentes à ces systèmes de pensée qui placent le dogme exactement là où il ne devrait pas se trouver. C’est une pente facile de l’esprit humain, mais qui est aggravée aujourd’hui par l’idéologie et par l’utilisation des institutions au service de celle-ci. D’autres que moi ont analysé remarquablement ces phénomènes. Connaissons ces travaux, sachons les utiliser, mais surtout, cessons de nous apitoyer sur nous-mêmes sous prétexte qu’ils sont à l’œuvre. On détruit le bien plus vite qu’on le restaure, c’est une loi de cet ordre naturel que nous défendons. Il faut travailler aujourd’hui à restaurer tout ce qui peut l’être, avec patience et complémentarité, dans le respect de nos vocations et de nos devoirs d’état, en évitant le piège d’une action révolutionnaire au profit d’une pensée contre-révolutionnaire.

samedi 15 février 2014

Pour saluer Monseigneur Ghika (1873-1954)

Conclusion spirituelle (extrait) des Journées Chouannes 2013, par le père Lecareux (Fraternité de la Transgfiguration).


Je crois que le plus grand danger que nous traversons dans notre foi, c’est celui du désespoir : tout semble s’effondrer, alors on se traîne comme on peut, c’est la politique du dernier bastion, alors que tout s’écroule autour de nous. C’est oublier que Dieu est dans l’aujourd’hui de notre vie, car Dieu est vivant et agissant ! Pour illustrer ce que j’avance, je voudrais parler de la béatification qui a eu lieu en Roumanie, à Bucarest, hier. La béatification d’un grand monsieur, avec tout le respect qu’on lui doit, et qui s’appelle le prince Vladimir Ghika, celui dont s’inspire notre communauté. Un monsieur qui n’est pas connu en France et qui est pourtant un personnage mondial, par sa doctrine et surtout par l’exemple qu’il nous donne.

Je vais vous en parler rapidement, puis nous en tirerons les conclusions pratiques pour vivre avec lui l’aujourd’hui de Dieu, car nous devons nous souvenir et nous persuader que Dieu est à l’œuvre dans son Eglise : « Je ne vous laisserai pas orphelins ». Il nous donne son Esprit et son Esprit travaille dans l’Eglise. C’est facile de tout critiquer ; c’est plus difficile de repérer l’œuvre de Dieu qui s’accomplit.

Cette belle figure a été béatifiée sous le vocable de prêtre martyr, martyr du communisme athée. Il se présente comme témoin de la foi : celui qui sera fidèle jusqu’au bout, jusqu’à la mort dans la prison de Jilava, prison qui faisait frémir tous ceux qui y entraient, car c’était l’angoisse, les tortures, la mort à petit feu. Le prince Ghika sera régulièrement victime du supplice de la pendaison, infligée à la malheureuse victime sans aller jusqu’au bout, afin de pouvoir recommencer. Sadisme complet. Il a vécu durant 3 ans dans les geôles de Jilava, dans une prison de 6 mètres sur 5 avec une vingtaine de personnes, parfois beaucoup plus. Vivant comme il pouvait, mais témoignant toujours de sa foi au Christ présent dans l’Eucharistie. L’auditoire à qui il s’adressait et qui le vénérait déjà comme un saint, nous a laissé quelques témoignages : chaque fois qu’il parlait de Dieu ou de la Messe, son visage se transformait. Il rayonnait Jésus-Christ. Voilà ce que l’on a dit de lui, cela ne m’étonne pas : lorsque l’on voit les gens qui font le mal, qui vivent dans le mal, cela se voit. Demandez à un enfant, en regardant ces visages ravagés par le vice. L’enfant a un recul, il a peur. Et nous voudrions que le travail de Dieu dans une âme n’apparaisse pas ? Quelle foi avons-nous ? Alors cet homme de Dieu va passer à travers différentes étapes qu’il est bon de rappeler.

Il vient au monde, descendant des derniers princes moldaves, dans la ville de Constantinople (où son père est ambassadeur de Roumanie). Elevé dans l’orthodoxie, il va être formé par sa maman, une princesse très pieuse, dans la foi au Dieu de majesté et, comme il est doué à peu près dans tous les domaines, on va l’envoyer étudier en France à Toulouse, dans une famille protestante pour éviter la contagion catholique qu’on redoute pour lui dans notre pays.

Quelques ouvrages qui sont sortis récemment, mais qui ne me donnent pas satisfaction, le montrent un peu comme un œcuméniste à tout crin, mais c’est faux. Il découvre le protestantisme, à travers ses mauvais côtés : les controverses dans l’interprétation personnelle de la Bible. C’est en allant à Rome en 1902 qu’il va embrasser officiellement la foi catholique, alors que de cœur il est converti depuis longtemps déjà.

C’est un homme accompli : il a déjà accompli de brillantes études en beaucoup de domaines (histoire, droit, littérature, et même chimie et médecine qui n’auront pas de secrets pour lui), et bientôt il va acquérir à Rome la licence en philosophie et le doctorat de théologie. C’est qu’à Rome, il va découvrir la notion d’Eglise : « Unam sanctam » ! Il découvre ce que c’est que Rome, centre de la chrétienté. Il va en vivre et déjà il se sent missionnaire dans l’âme, il désire être prêtre mais, par diplomatie, on lui demande d’attendre car son frère, qui est dans le monde, n’est pas encore marié. On lui a posé cette question : « Pourquoi vous êtes-vous converti au catholicisme ? » Il répond par un jeu de mots, une boutade qui est bien plus profonde que nous ne pouvons l’imaginer : « Je me suis fait catholique pour devenir plus orthodoxe ». Il joue sur le mot grec (orthodoxe = « qui professe la droite doctrine »), car là il est dans la Vérité totale, plénière ; ce n’est pas du tout pour vivre en plénitude son orthodoxie, il sait qu’il va trouver la Vérité en plénitude dans l’Eglise catholique.

jeudi 30 janvier 2014

Le Roman de Saint Louis, par Philippe de Villiers

Il y eut le Sire de Joinville et plus près de nous Régine Pernoud, Jean Richard, ou encore Jacques Le Goff, la liste n’étant pas exhaustive. Il y aura désormais Philippe de Villiers. Le « vicomte du Puy du Fou » dont nous connaissions déjà les talents littéraires, nous régale avec son nouveau roman consacré cette fois au plus grand de nos rois et le seul saint, Louis IX, dit Saint Louis. Mais peut-on encore ajouter quelque chose de neuf à la biographie d’un si considérable personnage au sujet duquel tout a été dit ou presque ?

L’exercice peut sembler bien difficile et notre auteur reprend une formule qui lui a si bien réussi avec son précédent ouvrage, le Roman de Charette (1). En effet, l’ouvrage est écrit à la première personne, et en faisant parler le grand roi, l’écrivain nous fait pénétrer dans son intimité, et restitue toute la saveur de la langue de l’époque, avec des tournures de phrases exquises et un vocabulaire directement issu du Moyen Âge qui pourra parfois surprendre les lecteurs les moins au fait du parler médiéval et nécessiter l’usage d’un dictionnaire. Pour autant, ne boudons pas notre plaisir, car le livre dont le style est limpide et lyrique – Philippe de Villiers est aussi un poète et un conteur – se lit d’une traite et n’a de roman que le nom.

Pour ce faire, il n’a rien inventé, a consulté d’innombrables sources y compris des chroniques arabes de l’époque pour faire revivre au plus juste et au plus près son héros. Il s’agit donc bien d’un véritable essai historique, mais sans la sécheresse que peut présenter une étude  universitaire, d’où le beau titre de « roman », ce qui n’empêche pas Monsieur de Villiers de se livrer à quelques facéties et autres clins d’œil adressés, au détour d’une page, à ses chers Puyfolais (p. 163). Sans déflorer le sujet, qu’il nous soit permis pour l’édification du lecteur de tracer à grands traits les principaux éléments constituant le roman et la vie du roi.